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3.a/ Connaissance par le vide(1)
Qu'avons-nous vu la dernière fois?
Je rebondis sur la remarque pertinente d'Olivier, à laquelle j'avais insuffisamment répondu, et qui touche au cœur de notre entreprise.
Il m'a dit : à peine ai-je prétendu livrer la définition canonique de la structure que je l'ai retirée. Eh bien, peut-être que c'est ça la structure. Mais pour ne pas vous donner l'impression que je tacle en touche, je fignole.
Il s'agira, et nous devrons attendre d'entrer dans le détail, de saisir à quel point il est crucial que la question de l'Un est celle même de la structure. Entre la présentation inconsistante, le chaos originaire des poètes, comme s'exprime Nancy, et le fait que cette présentation ne se présente jamais que consistante, il y a l'opération de l'Un qui, lui, ne se présente au grand jamais.
Ca voudra dire aussi cette chose simple, sur laquelle j'ai insuffisamment mis l'accent la dernière fois : le multiple est structuré . Nous avons seulement commencé à examiner ce qu'était la loi fondamentale de toute structure : le non-être de l'un comme opération. Et tout la première partie de notre recherche portera sur la forme exacte et universelle -eh oui- selon laquelle le multiple est structuré. Le chaos "comme tel", le Chaudron nouménal de la Grande fusion Originelle, ne se présente pas. Pour autant qu'il se présente, il est entièrement structuré dans cette présentation. Le fractal est une structure. Une hallucination au LSD ou une schize sont structurées. La nature ne connaît que des structures, la présentation est entièrement structurée.
Il n'y a pas de marotte d'opinion quand j'épingle, chez Deleuze, le vif de notre sujet. Si la référence de votre discours philosophique est ce qu'il appelle le plan de consistance, l'immanence de la présentation, le multiple en-soi, c'est votre discours qui risque l'inconsistance. Le flou fusionnel du virtuel, celui dans lequel je donnai d'abondance du bonnet dans mes premiers essais. A vouloir penser l'immanence substantielle du chaos, Deleuze retrouve l'Un là où il n'a que faire : dans l'être lui-même. A avoir voulu -et là c'était une petite leçon d'Histoire- sortir de la structure des structuralistes, c'est-à-dire du mode selon lequel l'Un opère dans l'immanence, fait consister le plan de consistance à partir de l'inconsistance supposée primordiale de ce qui se présente, il retrouve l'Un en haut de la pyramide de l'être, la Grand Matrice Virtuelle, la Mémoire Absolue, l'Un de l'être qui distribue tous les étants.
Tandis que si nous suivons l'austérité soustractiviste, et que notre plan de référence à nous, c'est de couper entièrement les liens du fameux plan d'immanence, nous ne retrouvons pas non plus l'Un où il n'a que faire, au niveau de l'être. L'être n'est ni Un, ni multiple. Badiou dit à un moment qu'il lui arrive de déclarer de manière périlleuse que le vide est multiple. Nous verrons où est le péril. Il est sans doute dans un excès de modestie. Car nous verrons que son concept de vide est proprement une nouveauté philosophique absolue, qui résilie toutes les définitions qui ont pu être données du vide, du néant, du rien, Hegel, Heidegger ou Sartre pour citer les plus récents, et les plus grands(Sartre compris, oui).
Il y a ce qui existe, qui se présente. C'est multiple, c'est inconsistant, et pourtant ça consiste, partout et toujours, sous la loi de la structure, de l'Un évanouissant qui permet à toute chose "une" table, "un" corps, etc., de consister. D'où vient cet Un? Pour Deleuze tout vient de cet Un. Il n'y a qu'un être pour tout ce qui existe. Pour nous, c'est au niveau de l'existence que nous cherchons la solution à cette énigme de l'Un, évanouissant dans l'immanence présentée, opérateur de consistance et de présentation, et qui ne se présente lui-même jamais; cet Un opératoire vient de l'être, qui n'est pas Un, ni multiple -tu ne formeras point de Dieu à ton image-, mais vide.
L'Un ne consiste pas. C'est lui qui fait consister. D'une certaine manière, Deleuze et Badiou sont ici d'accord. A ceci près que Deleuze commet l'erreur de vouloir faire consister l'Un en haut, puisqu'il fait tout consister. Cantor est devenu fou, malgré toutes les trouvailles géniales dont allons faire notre miel structuré, à pointer que ce spectre de l'inconsistance, l'au-delà de la loi universelle du compte-pour-un, qui laisse partout en rade "de" l'inconsistance, se tenait le Bon Vieux Dieu, celui qui ramasse en quelque sorte ce reste que laisse l'opération de la structure. Alors que c'est exactement l'endroit où il inconsiste, -ce qui finit par être le cas chez Deleuze, dans la vitesse infinie du virtuel-. Deleuze voit donc très correctement, malgré tout, qu'au-delà de la consistance, du fameux plan d'immanence, il y a le fond, l'horizon d'inconsistance; ce qui ne tient pas, c'est de vouloir derechef fait tenir cet horizon comme Un : "le" chaos, "le" virtuel. Il voit bien que cet horizon est un vide à vitesse infinie, comme il dit, et non point un plein. Mais il veut retourner ce fond en fondement. Alors que -lemme fondamental de notre doctrine- ce fond, cet horizon d'inconsistance, ce chaos, ne peut être qu'un résultat, -du compte-.
C'est pourquoi ce qu'il dit de l'être lui-même, puis du plan de consistance qu'il s'agit de coincer, des choses parfois inconsistantes. Inversement, à dire que le multiple inconsistant est seul à consister, selon la loi évanouissante de l'un, à tenir le plan de consistance et d'immanence pour l'inconsistance primordiale, fait que nous tiendrons le seul discours pleinement consistant possible, et sur ce plan de consistance, et sur l'être lui-même, soustrait à l'Un. L'un, c'est juste le fait avéré que le plan de consistance, celui de Deleuze, consiste, justement.
Je ne veux pas vous envaper de mauvaises métaphysiques. Vous me savez déjà gré de vous guérir des délices psychotropiques des flux virtuels entraînant tout dans leur inconsistance. Nous entrerons aujourd'hui dans le détail entièrement intelligible de cette pulsation consistance-inconsistance selon l'Un évanouissant, que distribue non pas un être plein à la Deleuze, mais parfaitement vide.
C'est ce qu'il faut répondre à ceux qui disent que Badiou se serait contenté de "remplacer" le plein par le vide, comme si c'était menu fretin, et façon de se rendre original à bon compte. D'abord, on voit que c'est surtout après son Grand Œuvre que Badiou a pu pénétrer pleinement le corpus deleuzien, et comme par hasard infiniment mieux que n'importe quel deleuzien d'obédience, jeune ou vieux. Anecdote qui suffirait à réfuter l'argument. Mais ce n'est pas avec des anecdotes qu'on philosophe, quoi qu'on le puisse à travers elles. C'est le côté Café du Commerce de la philosophie, antiscolastique singulièrement .
A vouloir penser le plein consistant de ces multiples que nous sommes -et de fait, en tant que multiple présenté, je consiste, tu consistes, nous consistons-, c'est le discours de Deleuze qui risque, en tant qu'ontologie, d'inconsister gravement. Tandis qu'à suivre le sentier de Badiou, où je vous entraîne, et à tenir, fort brutalement, l'immanence de notre consistance pour l'inconsistance même, et tenir la particularité de mon être-consistant, ou du multiple "Olivier", pour inconsistant, notre discours va consister de bout en bout. C'est ce que Badiou à garder de la robuste formation hégélienne : dixit Kojève
En fait, on peut se demander si la philosophie tout entière peut avoir pour fonction de penser, comme le défend Deleuze, le fameux plan d'immanence. Spinoza, Nietzsche, lui : les penseurs de l'immanence. L'art ne nous en dit-il pas toujours mille fois plus, en la plus dérisoire de ses œuvres, sur le plan d'immanence, que toute philosophie ne saurait le faire? Ce serait cependant aller trop vite que de dire tout de go que la philosophie, c'est le transcendantal. Mais enfin, il peut y avoir de ça.
C'est du reste ce que dit Badiou. Dans l'immanence, tout compte fait, ne se présente "que" de l'Un. J'envisage cette chambre où j'écris et vous prépare mon séminaire; cette table, cette bouteille, ces vêtements, ce verre, -tout se présente, existe, consiste, un à un-. Jusqu'à ces multiplicités tout à fait singulières, au niveau de la présentation, que sont par exemple un affect, une pensée. Si je dis : l'affect consiste, c'est une décision philosophique. J'affirme l'existence, la consistance de l'affect. Un wittgensteinien se ruerait sur moi, couteau entre les dents, pour me sommer de déterminer à quelle règle de discours obéit mon emploi du mot affect, pour en déduire qu'il est improuvable que cet affect consiste en soi, et qu'il ne consiste que selon le bon ordonnancement au doigt et à l'oeil des règles correctes du langage.
Donc : l'Un est la loi, mais non de l' être . L'Un est la loi de l' existence , -pour reprendre cette distinction philosophique vieille comme le Monde conceptuel lui-même-. La présentation, la consistance, c'est en Vieux Vocabulaire Philosophique l'existence; l'imprésentation, l'inconsistance qui en résulte aussitôt, sous l'effet évanouissant du compte-pour-un, c'est l'être. L'Un est cette loi opératoire, justement, du champ d'immanence ou de consistance. Un verre, un livre, un mégot, une pensée, un affect. Ce que Badiou appelle ensuite vide, la catégorie où il révoque l'inconsistance, est en ce sens exactement la même chose que ce que Deleuze, ou Nietzsche, ou Schelling, pour citer là-dessus les plus radicaux, nomment chaos. Simplement, ils finissent par halluciner, avoir la pseudo-vision, plus proche de la poésie que de la philosophie, que le chaos se présente lui- même , -alors qu'il n'est qu'un résultat-. Résultat de quoi? Du compte, du fait que dans le champ d'immanence lui-même, l'Un opère, et qu'à la limite c'est là qu'on peut dire : l'Un existe.
Ce chaos, c'est l'effet rétroactif de ce compte.
Effet rétroactif dont Badiou nous dit bien qu'il est sans doute le mystère même de la métaphysique, à jamais insondable comme tel. C'est ainsi qu'il marque le point décisif contre Heidegger. C'est-à-dire : à refuser de voir la loi de la structure, du compte, dans le réel existant lui-même, ou à ne pas le voir comme loi absolue, ou à le voir de travers, Deleuze et les autres finissent par halluciner cet Un dans l'être, justement là où il n'a que faire. C'est-à-dire : ils voient bien que le résultat du compte pour un, que tout ce qui existe obéisse, de façon immanente, à la loi du compte, en aval de cette opération qui, en amont, fait consister le multiple, je m'aperçois que ce qui s'est ainsi compté pour un aura été du multiple; et du fil en aiguille, ce compte pour un qui structure et fait consister partout tout ce qui se présente, rétroactivement me fait prendre acte que c'est l'inconsistance du multiple pur qui est ainsi présentée par l'opération primordiale. Mais je n'ai accès à ce chaos originaire, -chaos des poètes et des philosophes plus ou moins poétisants, à l'exception notable et pas anodine de Lucrèce-, qu'en aval de la loi du compte, de l'opération du compte. L'Un présente : on en déduit alors, ce fut l'onto-théologie selon Heidegger, l'intuition mystique, qu'il y a un Grand Un là-derrière qui Présente. Mais non. C'est la présentation elle-même -l'existence toute nue-, multiple par multiple, qui est sous le coup d'autant d'Uns qu'il y a "de" présentations. Disons : l'intuition poétique, c'est : il y a(du chaos indistinct). L'intuition mystique et religieuse, c'est : puisqu'il y a de l'Un, que l'Un et la loi de l'existence, s'infère un un derrière tous ces Uns, qui les distribue. L'intuition philosophique résilie ces deux solutions en nous mettant en face des faits : il y a du compte-pour-un dans la présentation; je n'ai l'intuition du chaos indistinct, inconsistant, "domanial", qu'en aval de la pointe-une de l'Amont par où cette inconsistance ne se présente jamais à moi que consistante; ça ne peut pas vouloir dire que, derrière l'amont premier de l'inconsistance, il y ait une inconsistance encore plus originaire, celle des poètes, celle du Grand chaos Indistinct; ça ne veut pas dire non plus qu'au fin fond du déval de l'aval par où je "redescends", après le compte-pour-un, dans cette multiplicité inconsistante dont je m'aperçois qu'elle aura été la seule à consister, il n'y a pas, dis-je, au bout, un Un suprême qui expliquerait la torsion, mais justement un point d'arrêt à l'inconsistance, cela même qui fait la consistance, le vide. Le vide faisant pièce à Dieu, -point assez important, en ces retours de théologisme au cœur même de la philosophie, pour entrer dans le fin fond du détail qui fait Mal, mais nous n'aurons pas assez pour ce faire d'aujourd'hui-.
Le vide, comme nouveau concept, intégralement transmissible, de la philosophie, comme "la même chose" que le chaos d'autres philsosophes. Pourquoi pas le chaos, alors? L'inconsistance primordiale? Parce qu'on en a vu le risque avec les autres : qu'il y ait au final "Un" chaos. "La" substance qui se dit de tout ce qui est, pour Spinoza-Deleuze. Finalement, on indiscerne être et existence. Ce qui est existe, ce qui existe est. Pas pour nous : la seule chose qui est l'être, donc qui est ttout court, c'est l'être; tout ce qui existe n'est pas l'être, est pas-vide, et partant n'est pas. Et c'est, paradoxalement, en ne traitant que de ce qui n'existe pas, de l'être-vide, que nous allons trouver la forme pure et universelle… de ce qui existe.
Donc : quelque chose qui nous fait quitter la loi absolue, les faits rien que les faits : dans l'Ordre de l'existence, tout ce qui se présente jamais consiste et inconsiste. Mais une substance, ça ne peut pas être "la" substance : ça ne peut que vouloir dire cette substance. Et justement notre angle, qui est le bon, va délaisser un concept comme celui de substance. "Si le vide est thématisé (le chaos, ndMBK) il faut qu'il le soit dans la présentation de son errance (de son inconsistance chaotique, ndMBK), et non dans la singularité, nécessairement pleine(la substance, ndMBK), qui le distingue comme un (qui n'ex-siste qu'au niveau, justement, de la présentation immanente, du plan de consistance, et non de l'être-vide-chaotique, ndMBK) dans un compte différenciant." C'est justement ça l'immanence que Deleuze veut capturer et qu'il laisse au final s'évader dans les flux turbopuissants du virtuel. Ca veut dire : l'un est une loi transcendatale, lâchons le mot. Mais pas au sens habituel de la philosophie, qui l'a si longtemps rendue complice de la théologie.
La fracture avec le "chaos originaire des poètes" est ici au moins aussi violente.
Ca veut dire : "De l'intérieur d'une situation(immanente, ndMBK), nulle inconsistance n'est appréhendable qui serait soustraite au compte, c'est-à-dire a-structurée." Une situation quelconque saisie dans son immanence renverse donc l'axiome inaugural de toute notre procédure. Elle énonce que l'un est, et que le multiple pur -l'inconsistance- n'est pas." Mais c'est pour nous provoquer qu'il nous dit ça. En fait il veut dire, et il dira un peu plus loin, que dans l'ordre de l'existence, l'un "est", dans l'opération universelle de pulsation entre consistance et inconsistance, mais que dans l'ordre de l'être, l'un n'est pas.
3.b/ Connaissance par le vide(1)
La relation fondamentale de la structure est donc, comme tout ce que nous présenterons dans notre discours, fondé sur l'inconsistance, donc le vide. C'est une relation vide. Elle s'écrit : ? . Ca veut dire : l'appartenance. Là, on est plus près encore de la structure que le vertige du compte-pour-un. On est davantage sur la terre ferme/ l'Un nous donnne le vertige, et a rendu parmi les plus grands esprits de l'Humanité complètement fous fanatiques, on a entraperçu pourquoi. L'apprtenance nous réserve évidemment quelques tours, mais pas de la même façon. Autant l'Un est un vertige, autant l'appartenance est une évidence de la structure, beaucoup plus que l'Un opératoire. Appartenance, ça veut dire : relation vide entre un multiple et un autre. En un sens, c'est un concept arithmétique et géométrique. Si tel multiple appartient à tel autre, l'inverse ne peut être vrai. C'est une relation d'ordre primordiale, pour faire image : (mais j'ai tort de faire image, une image c'est consistant, c'est plein, il ne faut pas oublier que nous ne traitons que du vide et de l'inconsistance; non seulement donc cette relation est vide' et inconsistante, mais on verra que les multiples qu'il relie sont eux aussi vides et inconsistants, considérez alors mes exempls non à ce qu'ils réfèrent, mais comme des multiplicités quelconques abstraites. Je sais, c'est malhonnête, puisqu'en vous donnant les noms d'images consistantes, je vais vite) : mon corps appartient à cette pièce, qui appartient à cette ville, qui appartient à ce pays, qui appartient au cosmos.
Ca s'écrit : corps(MBK) ? Purple Institute ? Paris ? France ? Terre ? Système solaire, etc. à l'infini. Voilà la relation d'appartenance.
Au fond je suis content de prendre ces exemples, puisqu'avec votre empirisme débile vous y êtes quand même forcés de voir que, même dans la supposée "consistance" que ces noms désignent, dénotent, la relation est clairement vide. Vous voyez bien. Entre vous et moi, la relation est vide, -et structurellement, il n'y a vraiment rien entre nous, il y aura un autre signe que l'appartenance pour l'indiquer, mais n'anticipons pas. Le monde de l'existence est non-vide, mais pourtant, la relation fondamentale de ce monde doit , elle, être vide
Nous appartenons bel et bien, dans nos consistances actuellement présentées, matériellement, à cette pièce : mais on voit bien qu'entre cette pièce et moi, et vous, la relation est vide, et non pas pleine. Vous pouvez bien, si ça vous chante, vous figurer la relation ? sur fond de chaos plein et grouillant de vers, c'est-à-dire en bons poètes essayer d'attraper ce chaos qui vous fuit en inconsistance vide, c'est votre problème. Pour moi, mon choix est fait. Et chaque fois que je mentionnerai des exemples supposés "pleins", dans ma tête ce ne seront que de parfaites abstractions pour désigner l'inconsistance. Nous ne penserons rien d'autre que l'inconsistance, et surtout quand je dirai Mehdi ou Purple Institute.
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