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Mehdi Belhaj Kacem
La dialectique qui casse des briques
Il s'agit d'un séminaire et d'un livre d'introduction. Qu'est-ce à dire? Il faut que ça introduise vraiment; que l'ensemble et l'essentiel de la pensée qu'on expose soit transmise effectivement, avec une efficacité plus grande que celle du livre sur lequel on s'appuie. Mais en même temps cette introduction doit, évidemment, vous permettre après d'aller y voir par vous-mêmes, de découvrir par vous-mêmes le noyau dur de la syntaxe philosophique acquise, ce que désormais le texte original partage avec son introduction : la dialectique libre que ce noyau dur permet. Ainsi on fait les grands "introducteurs", qui ne sont pas si nombreux dans l'Histoire, malgré tout ce que nous fait croire l'Université à ce sujet, et ces cheptels inépuisables d'introducteurs tous plus cruciaux les uns que les autres. Je ne placerais, quant à moi, mais espérant les égaler selon ma proportion, que trois de ces "introducteurs" : Lucrèce; Avérroès; Kojève. Citons encore Badiou lui-même, parlant du travail effectif de cet introducteur comme fondé sur : "la confiance absolue dans le texte qu'il rencontre, la conviction non moins absolue dans les convictions à travers lesquelles il le déchiffre. (…)Si vous lisez une construction philosophique dense, comme la mienne, elle peut bien être pour vous le parti de la pensée, vous ne serez jamais qu'un fragile disciple si vous ne l'éprouvez, ce parti, dans le principe supérieur qui est en vous l'équivalent personnel du mouvement de masse : la lumière mouvante à partir de laquelle vous en éclairez les recoins, et, finalement, ce que vous en attendez , tel un guetteur, du devenir de votre soumission au texte déchiffré." Je répondrai d'abord : chiche! Et annonce remplir entièrement mes promesses avec notre actuel projet. Et ensuite je dirai simplement : on ne peut mieux dire! Je place une confiance en un texte qui le dispute sans le moindre problème à la densité conceptuelle de pointures comme Aristote et Hegel.
Tout ça pour dire que pour cette séance, qui ne sera qu'un chapitre dans le livre, je commenterai tout à la fois la méditation 8 et 9 du livre, et très librement. Ca vous laissera y découvrir tout plein de choses. Mais j'ai juste ici été assez pointu, près du texte, épousant chaque recoin et chaque articulation cruciale de la grammaire du multiple, pour désormais, avec Badiou dans son livre, essayer de mettre à l'épreuve de manière plus "souple" l'imparable rigueur de la syntaxe soustractiviste. Ca veut dire aussi, très modestement : revenir sur les quelques développements conceptuels qui me sont propres, que j'ai implacablement déduites de l'armature soustractiviste : ce tournant absolu, par rapport à Hegel, Nietzsche, Heidegger, les trois très grandes dates de la métaphysique moderne, et le quatrième, par où s'opèrent des glissements inouïs sur l'être, l'existence, la différence, le chaos, le néant, et que, je le crois, ce livre est le premier à enregistrer dans sa réelle ampleur sismographique. Je procède donc librement, enchaînant non selon l'ordre du livre strict, mais selon la logique de notre parcours à nous : et j'enchaîne sans plus de transitions sur des choses émises lors de la précédente séance. On peut dire que j'y ai pris mes responsabilités. Et comme toujours dans la très grande philosophie, la certitude de votre déduction vous laisse aussitôt aux prises, sur le coup, avec une énigme encore beaucoup plus grande, qui n'est plus rien de l'angoisse par exemple antiphilosophique. Je veux dire que c'était de mon cru que d'avancer que la mathématique était représentation absolue. Je sais que c'est vrai, au moins dans le cadre strict de l'architectonique badiousiste, mais ce n'est pas lui qui l'a dit comme ça ou vu. Mais du coup, l'affirmant, l'affirmant même depuis longtemps puisque Evénement et répétition en portait la trace, mais ici l'affirmant dans la densité incommensurablement plus grande, restons à notre plaplace, de la syntaxe badiousiste, à qui je dois tout, je dus faire face à une foule extraordinaire de questions que sur le vif je ne pouvais démêler, attendant l'issue de cogitations plus poussées. Mais l'énième relecture de tel passage, qu'on oublie toujours(une des raisons pour lesquelles le virtuel n'existe que comme précaire phénoménologie subjective du temps, et la mémoire une mince affaire qui n'a aucune chance d'asseoir aucun ontologie, zut!), me fit avancer, et c'est sur leur commentaire que je vais m'lancer.
Quel fut mon embarras? Si la mathématique est représentation absolue, alors qu'en même temps il n'y a, généralement, représentation que d'une présentation, et que, quand c'est le cas, comme en politique tout ce qui a rapport avec l'Etat, les papiers d'identité -sauf pour quelques ouvriers immigrés affreux-, les impôts, les loyers, et tout le reste. Nous y verrons plus clair, mais ici je vous livre la nature de cet embarras. Le vide, en tant que représentation pure, est inclus à tout ce qui existe, part de néant qui affecte tout multiple, mais selon la subtile dialectique qu'on a dite, pour l'isoler, le mettre-en-un. Dès qu'il y a singleton, il y a inclusion du vide. Le vide lui-même, pourtant, n'est pas plus représentable qu'il n'est présentable. De cette non-présentation, la mathématique moderne a fait la seule "matière", la mathématique ne s'occupe de multiples que tirés du vide pur. Elle est l'ontologie : elle dit, de tout ce qui est présenté, comment ça se présente. Ce comment ne sera-t-il pas, à tout hasard, ce que nous définissons comme représentation justement?
Prudence, prudence. En tout cas, qu'elle soit, cette mathématique qui se coupe de toute présentation effective, à ne parler que du vide pur, dire de la présentation pure, qu'elle soit, dis-je donc, représentation absolue, c'est vrai. C'est un axiome crucial des lacano-badiousiens : pas de vérité de la vérité(ou encore : pas d'Autre de l'Autre, et je me fais fort de vous rendre absolument intelligible cet axiome qui passe pour beaucoup pour obscur). Mais c'est un énoncé qui, contrairement aux apparences, n'a strictement rien à voir, si ce n'est sa structure, avec l'énoncé : il n'y a pas de représentation de la représentation. Et par exemple : pas de mathématiques des mathématiques, pas d'Etat de l'Etat(très important, celui-là!). Pas de Dieu de Dieu? Si vous y tenez…
La mathématique est "représentation absolue". Mais comment l'entendre? Difficilement, et les premiers pas de la dialectique engagée par la méditation 8 a plutôt tendance à rajouter à l'embrouille, -c'est pourquoi je commence par la fin-. La fin, c'est : il n'y a pas de représentation de la représentation. Anamnèse de ce que j'ai voulu dire avec ma phrase : "La représentation est savoir, c'est pourquoi il n'y a pas de savoir de la représentation." Alors voilà la libération que m'amena ma relecture : elle s'amorce avec le paragraphe de la page 116 qui dit ceci, de la mathématique, la situation ontologique pure : "Il est clair qu'en tant que théorie de la présentation, elle doit aussi faire théorie de l'état, c'est-à-dire dégager la distinction entre inclusion et appartenance et donner sens au compte-pour-un des parties." Voilà! Sans encore donner de solution à mes embrouilles ponctuelles, Badiou place en une phrase les mots cliniques sur ce qu'elles étaient. La mathématique est représentation absolue, de la façon que j'ai rigoureusement dite. Elle doit rendre compte de la représentation dans la présentation, de la façon dont l'excès de l'état, dans tout multiple, va venir "hanter" la présentation stricte. L'ontologie décrit la présentation stricte, et en même temps va devoir nous rendre compte de comment il se fait qu'il y ait ce phénomène de réduplication de la structure par la métastructure, l'état.
Car la difficulté est la suivante : qu'est-ce qui va m'assurer, finalement, de la consistance de la représentation ? Comment vais-je effectivement saisir l'écart, la faille, le dérapage logique de l'appartenance à l'inclusion, puisque tout semble attester que l'inclusion n'est qu'un redoublement de l'appartenance? Bref : si la représentation n'est que mode de la présentation, pourquoi en parler, pourquoi tellement mettre l'accent dessus? Un des autres parti pris de mon introduction, c'est de sauter toutes les méditations qui croisent le fer avec d'autres philosophes. Ca vous laissera du bon grain à moudre. Mais enfin ce n'est pas par hasard que c'est ici, à l'issue de ces deux méditations, que Badiou va s'arrêter sur l'épineux cas de Spinoza, qui est à ses yeux le problème même qui nous occupe : et si tout était présentation, représentation comprise? Puisque la différence entre les deux n'est rien -mais qu'est-ce qui n'est pas "rien", pour des soustractivistes comme nous?-, -est-ce qu'au final il n'y a pas homogénéité totale entre les deux, et que tout ce que nous avons dit sur cette dialectique, et pour finir des mathématiques, qu'elles sont de la représentation absolue, -tout ceci au final se noie dans l'abîme d'un non-sens que la milice wittgensteinienne des énoncés ne laissera pas de nous faire payer au prix fort?-. On respire un coup. On se calme. On se creuse, on fait une pause comme Descartes.
Du mathème Badiou nous dit, mais c'est à nous de remplir le non-dit, que "son astreinte est d'avoir à être, quant à elle, "sans état"". Ca paraît cohérent. Ca paraît même, à nouveau, lumineux, plus clair distinct que tout ce que Descartes et Platon en fusion auraient pu souhaiter. Dame, la mathématique est représentation absolue, c'est pourquoi elle ne peut à son tour souffrir d'un état qui la réduplique. Oui! C'est clair! C'est dans la seule situation ontologique, la mathématique, que "l'inclusion ne doit pas relever d'un autre compte que l'appartenance", nous dit Badiou, et en italiques dans le texte. Ca veut dire que c'est dans toute autre situation que la situation ontologique que s'avère ce qu'avère la situation ontologique : qu'il y a écart entre appartenance et inclusion! Et c'est pourquoi nous sommes à notre tour fondés à dire que seule l'ontologie -mathématique!- est représentation absolue, puisque strictement la présentation de la présentation, dans toute situation existante, c'est l'inclusion, mais que seul le mathème présente absolument la présentation! C'est beau, nom? Y'a pas à dire.
L'ontologie avère qu'il y a toujours excès de la représentation. Mais c'est pourquoi elle ne peut à son tour avoir ses propres "excroissances". Qu'est-ce qu'une excroissance? Une représentation qui n'est pas présentée. Mais ça, ça n'arrive que dans les situations non ontologiques, donc toutes les autres, alors que la mathématique, qui formalise ce concept d'excroissance, ne peut pas être à son tour une excroissance de quoi que ce soit. Excroissance, c'est une représentation qui s'autonomise absolument de la présentation, mais "enlevée" sur elle : par exemple, dans la situation politique, l'état(le "pays", par exemple, est une excroissance qui ne se présente pas); dans la situation psychologique, on peut à bon droit dire que l'imaginaire, par exemple, a "quelque chose" d'une excroissance, même si c'est ici que nous devons éprouver le sens fort du mot dialectique, puisqu'en un sens, notamment à travers les arts et les divertissements, l'imaginaire "se présente"; etc.
Allons-y mollo. Récapitulons d'abord, par cet effet de répétition qui relance par le nouveau. Ce que nous dit Badiou, et il prouve dans le seul cadre philosophique qu'il a entièrement raison, que la mathématique -son ultra-platonisme est là- est le paradigme du savoir absolu. La représentation, ce serait alors : le savoir. L'état, c'est le savoir. C'est la réassurance de l'existence simple d'une situation par la vérification de ses parties. Une table est un élément de cette pièce, dans la présentation indivise, puis une partie, par cette représentation qui-décompte, et compte pour un comme il se doit. Dans toute situation, il y a du savoir, du savoir physique, du savoir biologique, du savoir empirique, du savoir psychologique, du savoir sociologique, du savoir politique, toutes sortes de savoir, tous les savoirs qui existent. La mathématique est le paradigme absolu du savoir, il est savoir absolu, mais alors il ne peut y avoir de savoir du savoir, de savoir au-delà du mathème.
Examinons maintenant, sur cette timide lancée, les trois typologies fondamentales de "donation d'être", nous dit Badiou, et je préfère dire ici, plus fidèle en cela, je crois, à sa lettre même : dans toute donations d'existence . Je vous livrerai de toute façon, en son lieu, une exemplification transparente qui récapitule sans le moindre équivoque la clarté et la force de notre dialectique. Contentons-nous d'numérer ici les trois grandes typologies de donations d'existence. Est singulier ce qui est présenté sans être représenté. Est normal ce qui est présenté et représenté à la fois. Est excroissant ce qui est représenté sans être présenté. Cette typologie est une topologie. Badiou nous rompt à penser, signe de tout très grand philosophe, la relativité absolue des existants, qui fait pièce à tout relativisme. Inversement, la mauvaise et la très mauvaise philosophie est toujours un relativisme plus ou moins larvé, donc un nihilisme. Le "spectre hideux du relativisme", disait Heidegger, pourtant avare en grands mots, -pas comme moi, macaque de mon état-. Il n'y a rien de substantiel : il n'y a que l'appartenance, l'inclusion, et le positionnement immanent des existants selon la norme, l'excroissance et la singularité. Je vous ferai très plaisir par un effet d'annonce : l'événement vient toujours de la singularité, jamais de la norme ni de l'excroissance.
Topologique, parce qu'évidemment, rien n'est intrinsèquement excroissant, normal, ou singulier. C'est toujours relativement à une situation. Le pont-aux-ânes de Badiou, c'est, dans la situation politique français, les sans-papiers, c'est-à-dire des éléments immanents à la situation, présentés par elle, mais interdits d'accès à sa représentation. Inversement, l'Etat, en son sens encore politique, pressenti avec un génie inégalé par Kafka, c'est une excroissance pure, quelque chose qui, tel quel, ne se présente pas. Naturellement, des présentations effectives sans nombre appuient, étayent la croyance à l'existence de l'Etat : à peu près tout, d'ailleurs, puisque tout est annexé de près ou de loin par l'Etat, la moindre parcelle de matière présentée qui nous entoure, surtout en ville, est passible d'un compte par l'Etat. La Mairie, les flics, les précepteurs, les informations télévisées, toutes sortes de présentations effectives viennent rendre présente cette représentation excroissante qu'est l'état. Vous voyez, j'y vais doucement. Ou encore : dans le réel, vous n'avez ni "frontières" ni "douanes" pures excroissances de la situation. Vous avez le réel physique des corps de flics effectivement représentés, qui fouillent votre voiture pour, selon des raisons relevant elles-mêmes majoritairement de l'excroissance étatique impondérable, vérifier que rien n'y passe en fraude, et de cette "fraude" elle-même on peut dire qu'il s'agirait de quelque chose comme une de ces infinies excroissances-imaginaires dont nous sommes tissus.
J'y vais doucement parce que peu à peu, comme annoncé -c'est un livre d'introduction, quand même-, nous allons pénétrer les véritables difficultés métaphysiques de cette typologie en béton, pour justement éprouver son bétonnage. Mon geste consiste à replacer, ce que Badiou lui-même, souverain et aristocratique, n'a pas fait, dans le cours métaphysique de notre temps, et de le placer là où il est : à la suite de Hegel, Nietzsche, Heidegger, et personne d'autre, pas même Deleuze, même si j'en cause, car Deleuze aurait presque pu s'ajouter à la liste. Situer Badiou dans ce ballet, c'est remettre son "vide", qui l'a rendu incompris jusqu'ici par tout ce que le monde comporte de philosophes attitrés, dans les percées ontologiques fondamentales dont je viens de citer les trois autres noms essentiels. Et donc, depuis Hegel qui raisonnait encore en saints termes d'être et de néant, ce qui a donné le négatif et la première très grande dialectique des deux derniers siècles, à Badiou, qui donne l'autre, mais en chamboulant tout, et entretemps les deux champions de ce qui est devenu le référent hégémonique de la métaphysique : la différence, le chaos, dont Badiou ne parle pour ainsi dire jamais, sauf, un peu, dans ce chapitre, et de quelle façon. Moi, j'en parle, parce qu'avant Badiou je partageais ce fonds avec tout le monde, et ai même, on le sait bien, rédigé une Esthétique du Chaos , très garçon moderne, artiste contemporain bon teint. Je vous joint donc tous les bouts, -et n'oublions évidemment pas le virtuel deleuzien.
Le chaos, là-dis-donc. Je vous ai entr'ouvert la porte par où vous pouviez comprendre pourquoi Badiou l'appelait : le vide. L'être n'est vide, en effet, que parce que c'est l'existence qui est pleine. Tout ce qui existe est plein, -mais il n'y a pas de Tout-. Et entendons-nous bien : quand je dis "tout", c'est tout : une Idée existe, un phantasme existe, un gaz existe. Le Chaos, ce serait, c'est : "tout" ça. Qu'est-ce qui consiste? Tout. Mais tout ce qui existe . L'être de l'existant, lui, est inconsistance pure. Vous voyez la robustesse et les ressources de la dialectique : en un sens encore neuf par rapport à ce qu'on a dit, l'être est l'inconsistance seulement représentable , l'existence est la consistance seulement présentable . Ca veut dire que "ça" se compte-pour un. Mais qu'est-ce que le Chaos? Cette inconsistance que toute consistance présente.
Tout se joue dans cette phrase où Badiou nous dit : "(…)quoique son être soit la multiplicité inconsistante, la présentation n'est jamais chaotique." Je me répète : par rapport à toute notre modernité philosophique, c'est une tempête, une révolution. Descartes, Kant, Nietzsche, Heidegger, Deleuze, pour ne citer qu'eux, auront considéré l'être, non seulement dans son être, mais dans sa donation, comme Chaos. Ils auront succombé à la séduction, qu'il faut bien dire esthétique, d'un Chaos sous-jacent. "La figure sous-jacente du Chaos", dit ici pour une fois Badiou. Mais il nous martèle pourquoi, contrairement à des tonnes de fascination philosophique dont le vingtième siècle aura été l'explosion, cette figure est l'imprésentable même, -donc le vide, qui en effet ne se présente pas-. Ce qui se présente est toujours structuré, délimité. Un corps, un gaz, un cosmos, une Idée, ont toujours, comme dirait Aristote, leur lieu propre. Ce qui nous aura fait rôder autour du chaos comme être pendant si longtemps, c'est tout simplement d'avoir mal fait notre deuil de l'Un, de n'avoir pas compris, avant que Badiou n'arrive, que l'un n'est que l'effet de la structure, qui est fondamentalement l'appartenance, et que cette "matière" de toute présentation consistante, la Différence absolue, ne cessant de se différencier elle-même dans chaque existant qui se présente à nouveau, n'était qu'un leurre imaginaire pourvu par le vide pur. "Car une structure n'est justement pas un terme de la situation, et, en tant que telle, elle ne se laisse pas compter. Elle s'épuise dans son effet, qui est qu'il y a de l'un." C'est moi qui ai souligné. Alors la structure, ne serait-ce pas la limite? Ou, disons, le jeu de la limite? A l'heure où l'ex-disciple Jean-Claude Milner, et à des fins que nous nous abstiendrons ici de commenter, nous concocte, aux petits oignons, une dialectique des Touts limités et des Touts illimités, les Touts limités, ou voulant la limite, étant grosso modo les bons, et les illimités, c'est-à-dire mus du Désir d'abolir les limites, les mauvais, on prendra prétexte pour s'y arrêter. Car le risque de la dialectique milnerienne est qu'il ne devrait pas ignorer, que de ces Touts il ne faut pas s'attendre, comme dirait Lacan, que tels "les alouettes déjà rôties, (ils) vous tombe(nt) dans le bec, adéquat(s)?" Milner devrait pourtant avoir été bien placé, pour ne pas dire aux premières loges, pour se douter que les Touts sont imaginaires; ce qui ne les empêche pas, rétorquerait-il pertinemment, d'exister. J'ai bien dit des pays, par exemple, qu'ils étaient ces excroissances imprésentables, et donc, dans leurs limites fictives, des "tous limités" au sens de Milner. Mais ce n'est pas ce point qui est tiré par la perruque. C'est le point ontologiquement décisif, qu'on ne sache pas quelle mouche aveugle Milner sur ce point essentiel : c'est le jeu des limites qui bien sûr détermine les Touts excroissants imaginaires, et pas le contraire. Feindre de ne pas le voir est sophistique; ne pas le voir de bonne foi est simplement fâcheux, pour qui ne le voit pas.
Pourquoi c'est la structure qui est la limite? Parce le "il y a de l'Un" signifie que "quelque chose", cette structure, ce fantôme de l'Un, fait barrage absolu à l'illimitation, qui serait auto-présentation, du chaos. La structure est ce qui "présente" le chaos tout en l'empêchant de se présenter "tel quel", et donc au final de se présenter tout court. En un mot : l'inconsistance. la structure, c'est la consistance qui ne présente que de l'inconsistance, du chaos, mais pulsé par un infini jeu de limites. Il y a de la limite partout, et qu'il y a ait une infinité d'infinis différents veut aussi dire qu'il y a une infinité de ces choses qui sont l'inverse de l'infini, les limites. J'insiste pour que vous vous en souveniez au moment où, sur la question même de la limite, nous produirons l'extraordinaire axiome philosophique de l'infini, qui a tout à voir avec cette question de la limite. Et avant de développer ici mes fortes considérations sur la limite, il convient que je revienne un peu à la base, à l'originaire, au nerf de notre métaphysique.
Le vide est ce qui ne se présente pas , tandis que le chaos, c'est "tout" ce qui se présente, à ceci près qu'il n'y a pas de Tout. Pas-de-Tout, not-a-whole : ici il faut dire : pas de tout de ce chaos- ci . Sans quoi, une fois de plus, le chaos ne serait pas ce qu'il est. C'est précisément l'aporie de Deleuze. Que serait un chaos conséquent, pensé jusqu'au bout? Un tout sans-tout, en quelque sorte.
Qu'est-ce à dire, que répéter à plus soif notre définition, que "le" vide ne "se" présente pas? C'est aller au fin fond de la philosophie et vérifier la plus forte tension du concept, celle que seuls Hegel, Nietzsche, Heidegger, parfois Deleuze, auront dans les derniers deux siècles atteinte. Car à chaque fois, vous devez frémir des nuances que j'imprime aux phrases répétées, et où notre destin métaphysique se joue. Ici, je m'apprêtais à re-dire, le vide, c'est l'"inconsistance". Pourquoi ces guillemets me viennent-ils? Parce que ce qui inconsiste, c'est forcément une consistance. Ce que nous ne devons pas louper ici, c'est qu'il 'ny a d'inconsistance que du plein, de l'existence. Il n'y a pas l'inconsistance à l'état pur, comme ça. Voilà le sens des guillemets. Qui disent bien que le vide 'est pas-tout-à-fait l'inconsistance non plus, sauf topo-ontologiquement. Il n'y a d'inconsistance que de la consistance présentée, existante, limitée. Mais qu'est-ce qui limite, singularise l'existence, fait consister? Ce que nous appelons la structure, le fait que l'inconsistance, le chaos primordial, soit partout et toujours consistant, présentable comme un bon gendre. Ce qui se présente consiste. Qu'est-ce qui consiste dans cette consistance? Le plein, le pyhysique sans vide d'Aristote, "le" "chaos". C'est bien pourquoi je fais tout ces partis pris pour cette introduction. Je ne vous parle pas du débat Aristote-Badiou, ça nous entraînerait trop loin, comment Aristote introduit le vide dans la nature par les déterminations de l'espace et du temps, exactement le lieu et l'instant, qui sont la manière chez lui dont le vide creuse son trou dans le réel, même si Aristote ne veut pas appeler ça comme ça. Et je pourrais de même vous montrer comme le cogito cartésien, l'espace et le temps chez Kant, sont les intrusions impensées de ce vide. Mais justement je ne suis pas un universitaire uniquement soucieux d'étaler sa virtuosité et son érudition, emmêlant les pinceaux des Ignares que vous êtes. Je veux vous introduire à la philosophie et pour ce faire, m'en tenir à la cohérence spéculative du seul système d'aujourd'hui à avoir tenu sa promesse. Non pas la philosophie de Badiou, mais la philosophie tout entière que seule la seule philosophie d'aujourd'hui vous permettra de comprendre tout entière et d'un seul coup, mieux qu'absolument tous les cours de toutes les Universités d'aujourd'hui.
Qu'est-ce qui consiste dans cette consistance? Le plein, "le" "chaos", qui est en fait toujours tel ou tel "chaos", différence singulière sans relation à rien d'autre. Cette différence, ce morceau de chaos, n'ont rien d'une "inconsistance". "Le "chaos", c'est la consistance même de la présentation effective, le plein, ce n'est dans sa donation stricte ni l'inconsistance, ni le vide. Mais de ce chaos je ne peux rien dire, et pourquoi? Rien de consistant en tout cas. C'est même très exactement cette incapacité où je suis de dire le chaos qui va me faire appeler ce chaos l'inconsistance. L'inconsistance est la singularité absolu, le différentiel indicible de la consistance. Je ne peux rien dire de consistant sur le chaos consistant, et c'est ça l'inconsistance. Pourquoi? Parce qu'il n'y a pas "le" plein en général, il n' y a que "du" plein : telle consistance. Dire son chaos, c'est aussitôt dire son inconsistance. Comment glisse-t-on encore, dans le plus fin maillon du filet soustractiviste, de l'inconsistance au vide pur?
Consistance=résultat opératoire. Nous avons affaire, en disant ça, à encore une autre torsion. C'est bien le chaos qui "est" l'inconsistance qu'on constate, mais toujours en aval de l'opération du compte, qui n'est pas de notre fait, mais de l'être. C'est dans l'être qu'il y a du compte-pour-un, à savoir de la structure, de l'effet-d'un-sans-un. Ca consiste. Ca aura toujours consisté. Le Chaos "est" l'inconsistance veut dire : il n'y a pas "le" chaos comme l'auront vu tant de philosophes, -et en gros, autant dire honnêtement ce qui est : la philosophie poétisante et esthétisante, de Schelling à Heidegger et Deleuze-, le chaos comme fond avérable où que ce soit. Il n'y a pas de rencontre du chaos, mais de cette impossible rencontre il faudra se souvenir lors de notre logique de l'événement. Badiou dit bien : "sous le péril inrencontrable du vide". L'épée de ce Damoclès-là, c'est aussi bien l'angoisse, angoisse du vide à quoi, à juste titre, Badiou réciproque le souci de l'être heideggerien, c'est-à-dire que la rencontre du vide, ou du chaos, impossibilité absolue qui portera le nom d'événement pour nous, c'est l'abrogation de la structure, l'évanouissement de l'écart nécessaire pour qu'il y ait ce qu'il y a, l'abrogation de l'appartenance. Le chaos, dans les situations ontologiques, donc dans toutes les situations que nous rencontrons effectivement, est toujours un après-coup de la structure, du compte.
L'interdiction de toute présentation du vide est donc de fait interdiction de présentation du chaos, qui est l'interdiction sur quoi va se fonder toute la logique de l'événement. Et c'est sur ce point que pour la saisir, il faudra saisir aussi ce que ne peuvent que laisser échapper les métaphysiques du chaos, du devenir et du change. L'imprésentation du vide est en fait l'imprésentation substantielle du chaos . C'est là que s'origine la logique métaphysique de l'excès, de la réduplication de la présentation en représentation.
Le chaos ne se présente que sous l'axiomatique universelle du multiple, ce qui veut dire qu'il ne se présente pas, et que c'est l'appeler vide qui est ajusté. On peut bien l'appeler encore chaos, pour autant qu'on ait saisi le glissement, et à condition d'ajouter que du chaos de Schelling, Nietzsche, Heidegger, Deleuze et quelques autres, au vide de Badiou, il n'y aura pas retour. Le chaos se présente ici ou là, il est la singularité absolue de toute présentation-consistante, son différentiel comme tel insubsumable. De manière très tendue, on dira donc que c'est bien parce qu'il est la présentation comme telle que le chaos ne se présente pas, ou : c'est bien parce qu'il est "tout" ce qui se présente, et selon la structure évanouissante du compte-pour-un, qu'il ne se présente pas! Etant l'imprésentable, le chaos est bien le vide.
Ce que nous dit Badiou ailleurs : "ni local ni global, mais disposé partout, n'occupant aucune place et chacune à la fois", exactement l'attribut du chaos. Mais à la différence de ce dernier, et c'est ici que nous mesurons la subtilité scotienne de la dialectique : le vide est "unique. Un vide ne peut différer d'un autre, du fait qu'il ne contienne aucun élément(aucun point local) qui vienne à indiquer cette différence." Oui, extraordinairement subtil, puisque nous avons dit : le vide "c'est" le chaos, et le chaos étant la différence, comment "un" vide peut-il être non-différent d'"un autre", puisque nous disons que c'est la même chose que "le" chaos? C'est le point même où l'indifférence badiousiste est incalculablement plus fertile en différences conceptuelles réelles que les philosophies ou para-philosophies de la Différence.
C'est l'inclusion du vide : pour rendre compte, dans le concept , du chaos inconsistant que cette présentation est dans son être, il faut justement renverser la procédure habituelle, et tenir cette différence pure, cette inconsistance, pour "rien", enfin ne tenir compte que de la structure minimale, de la forme minimale de cette présentation : sa limitation, son être-un. Du coup, la représentation, qui va pourtant être pensée des formes pures , est : inclusion de ce chaos comme chaos, forme pure de ce chaos que cet existant singulier est. Sa matière, son composé, "c'est" "du" chaos, mais puisque dans un premier temps je ne peux rien en dire, ce plein, cette consistance, le fait qu'elle consiste en un "un" structural seulement, c'est son pur être-là, son existence nue comme "point", comme non-vide. Le vide, l'inclusion dans cet élément du vide, ça veut dire : la prise en compte de cette inconsistance, de ce chaos raturé par la structure. Ouiche! On y voit maintenant clair : ce qui est, c'est "du" chaos. Mais de "ce" chaos inconsistant, je ne peux rien dire, à part qu'il se présente structuré. La structure, c'est qu'il y ait "de" l'Un : un Corps biologique, par exemple. L'inclusion du vide, c'est quoi? C'est de dire : pour parler de ce corps comme corps, j'ai dû raturer, non pas le chaos, qui n'existe pas, mais ce chaos, qui est cette forme structurée et consistante. C'est à ce titre que je peux en parler. Dire ce corps, ce n'est pas dire quoi que ce soit de consistant sur ce chaos singulier, cette Différence insubsumable, mais de dire qu'elle est localisée. La structure, le réel présenté, dans la syntaxe soustractiviste, c'est ça. Mais aussitôt fait, je suis bien obligé de dire, pour rendre compte pleinement, dans les limites du langage rationnel possible, de quoi il s'agit, je dis que le vide est inclus à cette forme pure, locale, de ce que j'ai dit.
Le vide est l'être du chaos, mais pas le contraire. Il n'y a pas retour. Pour faire une ontologie, nous devons donc en convenir : c'est le chaos(existant) qui est vide et non pas le vide qui est un chaos(virtuel). Deleuze a tort et Badiou raison. Et ces deleuziens à la petite semaine qui se récrient dès qu'on leur met sous le nez que leurs fausses évidences sont passées devront bien, un jour, nous montrer un peu ce qu'ils ont philosophiquement dans le ventre, et comment vont-ils nous soutenir leur chimère d'un chaos qui serait l'être.
Nous sommes allés loin dans la métaphysique. Nous avons bien mérité un peu de détente. Nous allons donc aujourd'hui reprendre, mais de façon beaucoup plus pointue, ce qui était ma manière d'exemplifier l'ample dialectique de l'événement : le stade de foot. Nous y mettrons à l'épreuve notre dialectique du singulier, du normal et de l'excroissant. Nous y anticiperons largement sur ce que nous développerons dans le maillon par la suite : des choses telles que l'événement lui-même, sa forme pure, le site événementiel, qui est la même chose que la singularité, nous esquisserons du bout des phalanges ce qu'il en est de la vérité, et d'autres choses encore.
Soit donc un stade de foot. Nous ne référerons pas ici à des petits "événements" qui auront effectivement eu lieu dans un match de foot, comme quand le match et retardé par le président de la république parce que quelques corses sifflent l'hymne national français, ou quand des algériens débarquent et interrompent le cours du match France-Algérie. Disons que l'événement sera, en beaucoup plus gros, quelque chose de véritablement inouï, imprévu même par ceux qui le produisent, et peut-être surtout par eux : le public fait une partouze sauvage, par exemple. Les événements imaginaires des films d'horreur abondent, et ils ont beau être imaginaires, le philosophe s'en tape. Ce n'est pas même qu'il ne s'y laisse pas prendre : ce qui l'intéresse, c'est la forme pure, et il laisse les troubles délectations du phantasme à qui y est encore attaché : lui-même, le cas échéant, quand il ne philosophe pas.
Soit donc un stade de foot, un grand, un beau, le Stade de France lui-même, et bien sûr l'équipe de France qui y dispute un match important, qualificatif pour la coupe du monde, mais ils jouent très mal, et il faut bien dire qu'à l'heure où nous parlons cette seule prémonition risque d'être confirmée par les peines lamentables de la génération post-Zidane(tout ceci a été rédigé il y a environ un an et demi, NDA). Pour avoir été une ou deux fois à des matchs d'envergure en ce lieu, je ne peux pas ne pas évoquer la sensation assez fasciste du type d'exaltation et d'enthousiasme que génère populairement un tel lieu. On ne peut à la télé imaginer ce que c'est, par exemple quand le public fait une "hola". Les équipes mêmes, on ne peut le voir à la télévision, à partir d'un certain niveau jouent selon une organisation technique telle qu'on dirait, à voir leur disposition sur le terrain en entier, des machines. Bref, ce qu'il y a d'effrayant, c'est cette masse de puissance populaire parfaitement disciplinée et, il faut bien le dire, abrutie, mais abrutie de manière imprresionnante par sa massivité, ce que j'appelle fascisme, le fascisme démocratico-médiatique, ou encore le bipouvoir d'Agamben-Foucault. J'ai beau avoir la dent lourde sur Agamben et son camp de concentration comme paradigme de l'occident, le Stade de France fait respirer un air qui n'est pas sans susurrer qu'il n'y a pas tout faux dans ce qu'il dit. J'ajoute que toutes ces remarques, je les fait d'avoir été à ce stade bien après que je vous exemplifiai, pour les premières fois, cette dialectique de l'événement par le pont-aux-ânes cocasse du match de foot.
Qu'est-ce que cette sensation de fascisme? L'Etat. L'Etat partout, l'Etat régulant tout. A strictement parler, dans cette situation "match de foot", l'état ne peut être dans un premier temps dit,, justement, qu'en ce sens de l'état de la situation "match de foot". Mais c'est là où nous entrevoyons la dialectique de l'excès, et de l'infinité de cet excès. L'état du match de foot, c'est forcément aussi l'Etat National, l'organisation qui organise non pas ce simple match, mais qui organise l'organisation de ce match, et celle qui organise l'organisation de l'organisation, etc. On entrevoit en quoi la représentation, l'état, est en excès infini. L'Etat régule. L'Etat, nous dit Badiou, "traite le gigantesque, l'infini réseau des sous-ensembles de la situation, (ce qui) le contraint à ne pas s'identifier à la structure originaire qui dispose la consistance de la présentation, c'est-à-dire le lien social immédiat." Ici Badiou nous parle de l'Etat Politique En Génral, l'Etat français par exemple. L'état du match de foot, de cette situation précise, est un sous-ensemble, un sous-état de ce l'Etat gère en permanence. Ce sous-état lui-même a pour fonction tout à fait transparente de gérer une situation spécifique, la situation match de foot. De cette situation elle-même, car dans les situations empiriques il faut toujours bien commencer par un atome, un point substantiel, c'est même pour ça que nous avons l'appartenance, -de cette situation initiale donc, il serait facile de montrer comme elle est dépendante de la représentation, du symbolique, comme tout jeu, puisqu'elle s'articule à des règles, des énoncés, etc.-. Mais on l'appelle situation car elle est bien la situation fondamentale dont nous avons à traiter; l'interroger sous rapport du symbolique, on peut le faire, mais c'est en l'occurrence spéculer un peu dans le vide. En l'occurrence, mieux vaut encore, et de très loin, faire de la métaphysique pure, comme nous en faisons, pour voir comme dans toute situation la représentation est nécessaire, qu'ontologiquement, il n'y a pas de "présentation absolue", donc, dans le vocabulaire qu'il s'agit d'élucider ici : pas de "site événementiel".
Site événementiel dont nous dirons simplement pour l'instant qu'il est, sans l'être, le "public". Pourquoi? Parce que le public, c'est une partie de la situation, un sous-ensemble normal de la situation normale "match de foot". C'est une représentation présentée . En quel sens? En ce sens que c'est, d'un côté, une représentation qui se montre , et qui se montre sous la codification imposée par la norme excroissante de la situation : apparaître en tant qu'en son "être" un "public". Il n'apparaissent pas, par exemple, en tant que pom-pom girls ou go-go dancers. D'un autre côté, leur présentation "pure", leur corps, ne sont là qu'amenés, aimantés, ordonnés par la partie "match de foot", au double ou triple sens du mot "partie". Plus important encore, et qui vous amorce une partie de la suite : une partie, une excroissance étatique, c'est aussi le "public" en ceci qu'il est ce multiple auquel s'applique maximalement la propriété : être un public. C'est-à-dire qu'à aucun des éléments(présentés) qui le composent n'appartient cette propriété : je suis "dans" le public, mais je ne suis pas moi-même un public.
Le public comme "site événementiel", dans la dialectique de Badiou, on ne pourra l'attester qu'après l'événement : le public aura été site événementiel. En un autre sens, on peut d'ores et déjà dire que "le" "public", comme site événementiel, c'est : la pure existence matérielle du public, cet amas de corps insensés qui composent le public. Leur sens, ici, c'est d'être un public pour match de foot, et rien d'autre.
On voit donc que, dans les situations immanentes, nos catégories ne peuvent avoir de pertinence intrinsèque et absolue mais relative, d'une relativité qui est l'exact contraire de tout relativisme. Mais c'est bien parce qu'ils ne peuvent qu'être relatifs que c'est une ontologie. Par exemple, nous disons du public qu'il est une partie normale de l'état normal de la situation "match de foot". Mais qu'est-ce qui, ici, est normal intrinsèquement? Rien, bien sûr. La norme, la normalité, dont nous allons voir qu'ontologiquement elle n'existe pas , non pas aujourd'hui, mais quand nous reprendrons les robustes et édéniques sentiers de la métaphysique, la normalité, dis-je donc, est toujours normée de l'extérieur, mais une extériorité qui, en général, n'est plus interrogée au-delà d'un certain point, qui irait trop loin. A quoi bon, pour un honnête supporter, s'interroger sur ce qui norme la normalité du stade de foot? Et, si on va jusqu'au bout, la politique se fonde sur la terreur d'avoir à s'interroger sur ce qui serait au-delà de l'Etat qui norme, sur ce qui norme cela qui norme tout, l'Etat lui-même.
Ici, match de foot est la situation, et sa normalité, c'est l'état qui l'assure. On voit alors mieux comme nos catégories ne peuvent être jamais que relatives à la situation. Par exemple, la "normalité" du public, si on le prend au sens strictement ontologique, c'est d'être présenté et représenté à la fois. C'est ça "être normal". Mais en l'occurrence on voit bien que c'est uniquement la normalité de la situation "match de foot". "Etre un public", nous en conviendrons, n'a rien d'intrinsèquement normal! Car rien n'est intrinsèquement normal(pas plus du reste, on le verra, qu'être excroissant ou singulier). Entendons-nous bien : nous faisons de la philosophie.
A qui se ruerait pour conforter sa générosité libertaire ou son sentimentalisme marxiste, en hurlant "ah ouais, c'est toujours l'état qui norme! Sus!", nous imposerions le silence en moins de deux. Nous faisons de la philosophie, et nous ne jugeons pas le fait que les situations soient étatiquement normées, puisque c'est presque toujours le cas et que si notre romantique jeunesse peut le déplorer, et même continuer à le faire, dégrisée entièrement par la pensée , ici nous nous interrogeons sur pourquoi c'est le cas, pourquoi la représentation est plus forte que la présentation, et la puissance même de la représentation encore plus grande, et qu'une-chose-une-seule est ponctuellement en mesure d'interrompre cette surpuissance de l'Etat, c'est (ce sera) l'événement.
Ce que nous devons sentir, toucher de nos doigts boudinés par les mauvaises habitudes d'un nihilisme qui croit en savoir long, punk et cynique, et qui ne sait réellement qu'une chose de pratique, abriter son ignorance dans la dépression, c'est que c'est précisément la dépendance de l'événement à l'état, qui est, partout où "il y a" de l'événement, le point où la dialectique prend son essor et brise les briques.
Cette éloquence explique aussi bien notre dépression de tout plus ou moins porter, et compulsivement, au rang d'événements. Ce sur quoi, quant à ce qui lie jouissance et événement, je me suis assez ouvert ailleurs.
Qu'est-ce qui est singulier? Cela qui n'est pas normal, normé; cela qui, par la pure excroissance étatique, excroissante, qui norme et définit la normalité, est décrété ne pas appartenir à la situation. Mettons qu'un ouvrier sans-papier ait l'inconscience, en plus de l'argent, d'entrer dans le stade; et qu'il se fasse arrêter. Qu'en dire? Rien, sous rapport de l'événement; ce que l'état détruit, tous les jours, n'est jamais événementiel. Ce que, par contre, la singularité détruit d'étatique -voyez le terrorisme- est toujours considéré comme "événementiel". Quant à ce qui nous permet de "décider" ce qui est événementiel ou pas, nous n'en aurons pas assez de cette introduction. Nous y reviendrons cependant dans ce commentaire, un peu plus loin. Mais, de cet ouvrier, par exemple, il nous faut remarquer que ce n'est pas en regard de la situation "match de foot", et de son état normal et normatif, qu'il est arrêté, il y a du reste dans la réalité de la situation fort peu de chance pour qu'il se fasse contrôler; mais disons que, si ça lui arrive, c'est en regard non pas de la situation match de foot, et de son état spécifique, qu'il est emmerdé, mais bien en regard de cette situation étatique globale, "la France", qu'on dit. Il n'est donc pas ici en position de ce que nous allons appeler "site événementiel" en regard de la situation. Il n'est même pas, bien sûr, assuré qu'il le soit en regard de la situation étatique française, même si sa seule existence, selon certains, sert de jauge aux limites de l'état français : il est sûr que publiquement, cet Etat traque et conspue partout l'inoffensif sans-papier, mais que réellement, le fait que des gens veillent au grain interdit à cet Etat qu'il en prenne trop à ses aises, aille trop loin, les traite trop mal, -même s'il les traite par ailleurs abjectement-.
Ce qu'est un site, dans cet Etat français, il est difficile de de le savoir, et même impossible. Il est impossible, selon Badiou en tout cas, de pré-déterminer le site, de le repérer, de l'"activer" -je cite une lettre privée- encore moins. Alors, pourquoi m'enhardis-je jusqu'à dire que "le" public est le site? Parce que le site, c'est précisément une partie de la situation aveugle à la situation, ou encore qui se supprime elle-même en tant partie admise : le public, s'il fait événement, cesse tout à coup d'être la partie "public" pour devenir événement, et, au futur antérieur, aura été ce site événementiel, cette partie effective de la situation et pourtant non comprise par son état.
Ce petit excursus, destiné à faire jouer les rouages, les petites engrenures, de notre dialectique, et vous les faire en quelque sorte saisir des mains, nous pouvons revenir à la métaphysique pure. En l'occurrence, re-voir ce qu'il en est de notre concept de représentation, et de fil en aiguille d'excroissance, d'une-représentation-qui-ne-se-présente-pas. Mais qui ne se présente pas -dans une situation présentée-. L'excroissance n'est pas, par exemple, la mathématique, fondée sur l'imprésenté, représentation pure qui n'est pas, comme l'Etat, représentation flottante d'une situation, et c'est pourquoi elle n'a pas, cette "situation" mathématique, sa propre excroissance, son propre Etat, comme on l'a vu. Etant, la mathématique, présentation de toute présentation consistante, de toute situation effective universelle, elle ne peut être à proprement parler l'Etat ou l'excroissance de l'une ou l'autre, -toujours les paradoxes cohérents du singulier et l'universel-. Comme pour le match de foot, l'excroissance est toujours excroissance, représentation folltante et écrasante, régulant telle situation immanente.
Ontologiquement, c'est-à-dire partout, la représentation est toujours ontologique : d'où ma mise en garde contre la belle âme anti-étatique, qui voudrait y enfin identifier le Mal ici ou là. La représentation résulte de ceci : qu'étant donné que, des situations, nous ne pouvons penser un point d'être initial substantiel, physique, matériel, mais selon la structure elle-même, l'appartenance, la représentation est cette fatalité topologique d'une réduplication de la structure. Ca appartient, mais ce qui appartient appartient aussitôt à autre chose, et c'est ça l'état. Si nous sautions, point par point, uniquement de l'appartenance à l'appartenance, si cette "animalité" nous était donnée, il n'y aurait pas d'état. Le fait est qu'il y en a partout, et, d'une certaine manière, pour l'animal que, toutes précautions prises, nous aurons convenu d'appeler "paralnt", qu'il y a surtout ça, ce qu'anthropologues, sociologues et évidemment surtout Lacan appellent le symbolique. La structure, c'est le réel -ainsi les corps du match de foot, les joueurs, les arbitres, le public, les flics, les "officiels", mais ces corps sans les mots, d'ores et déjà symboliques, étatiques, représentatifs, dont je viens de les affilier. La structure est le réel dans son ab-sens, dans son inanité matérielle : la structure présentative "pure". L'ontologème de la représentation, de l'inclusion, nous montre pourquoi il y a toujours, et singulièrement pour ces animaux dits "parlants", "de" l'Etat, du symbolique. C'est une discussion âpre avec Badiou : il m'a dit que notre génération avait oublié la radicalité de sa génération à lui, l'anti-humanisme.
Plus près de notre sujet, il est évident que l'excès de la représentation, son spectre, son dédoublement, est aux yeux de Badiou loi ontologique et pas anthropologique. Pour ma part, j'y ai dans les premiers temps vu surtout loi anthropologique : il semble tout de même bien que c'est pour la faune dite "humaine" que l'errance excessive du symbolique et de ses infinis réseaux tordus fasse rage. Mais en même temps, on peut dire simplement : l'excès de représentation est partout dans la Nature, l'homme est simplement celui qui en est dépositaire et conscience, -classique : le dasein humain tenant-lieu de l'excès-, et qui en redéploie l'incroyable ressource avec le plus d'ampleur.
De l'appartenance à l'inclusion, du réel au symbolique, de la situation à son Etat, il n'y a donc guère plus qu'un glissement modal mais qui fait toute la différence et meême toute différence tout court, cette "différence ontologique", donc, entre l'imprésentable inconsistance et tout consistance présentée, plus fondamentale que celle même de Heidegger, qui nous y aura ouvert, avec quel génie immortel. Cette métastructure, cet état ontologique come dédoublement de l'appartenance, structure de la structure, atteste que c'est la structure qui est , pas le chaos du réel "comme tel". "Si cette métastructure, nous dit le Père, ne faisait que compter les termes (présentés) de la situation, elle serait indistinguable de la structure elle-même, dont c'est tour l'office." La structure du match de foot, c'est le stade, les tribunes, la pelouse, les corps du public, des joueurs, etc. C'est d'ailleurs ce que Deleuze appelle "état de faits", mais nous nous refusons le terme état. Ce réel de la structure ne peut pas se compter lui-même. Le réel, la structure, c'est "qu'il y a" du compte-pour-un : "je" compte pour "un" ce corps, ce ballon, cette chaise de la tribune, ce brin d'herbe, etc.etc., quand je dis "je", il faudrait bien sûr dire "ça" compte pour un. C'est la structure, évanouissante, parce qu'elle-même, l'opération du compte qui fait qu'il y a structure et pas un chaos "comme tel" de multiples a-structurés, n'est pas elle-même un terme, un point substantiel. C'est la structure de la situatuion, qui doit à son tour -je parle de la structure- être comptée -et c'est la métastructure, l'état-.
On peut bien dire, en bon déconstructionniste ah mais, la structure est "déjà" métastructure, puisque ce compte "premier" des termes, s'avérant "avoir compté" du chaos, de l'inconsistance, de la Différance rance. A quoi nous répondront fermement : "La métastructure ne peut donc, ni simplement recompter les termes de la situation et recomposer les multiples consistants, ni avoir pour domaine opératoire la pure opération, avoir pour office direct de faire un de l'effet-d'un". c'est le jeu de la forme et de l'informe comme "fonds" de toute forme, ce que j'appelais dans ma préiode lyrique "l'antéforme", qui est tout simplement l'être de la forme, par exemple mon corps : l'Un-de-ce-corps s'"ffonde" sans cesse dans le vide, et c'est le virtuel, le temps, l'être : l'effondement de la consistance dans l'inconsistance, dans le vide comme sa "limite" sans limites : l'être. Il n'y a de limite qu'étante, mais ce qui limite la limite, l'être, n'est pas soi-même limite. Ca vous amorce le sens de ce que veut dire : "pas d'Autre de l'Autre, pas de vérité de la vérité, pas d'être de l'être, etc. Et qui sera tiré au clair une autre fois. Je vous laisserai là, en ajoutant encore ceci : le vide, c'est ce qui n'est pas un terme; il est donc bel est bien la structure, et, nous dira Badiou plus loin, "la limite de l'un", -très important-. Le vide est la limite de l'un, qui fait que l'un n'existe pas, et que "le" chaos est structuré. J'étais donc bien avisé de vous dire que la structure, c'est le jeu de la limite et de l'illimitation, -et on verra la révolution métaphysique aussi que nous ferons subir à ce jeu des limites-.
Fin
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