Le sens, effet de l’articulation signifiante supposé à toute parole, a pour condition en situation de communication:
- l’arrêt de la chaîne signifiante, c'est-à-dire du glissement d’un signifiant à un autre ; afin qu’une unité de signification puisse être dégagée sur le terreau du dit. Unité de signification à laquelle un sens est attribué, celui de la phrase dont le point ponctue l’arrêt de la chaîne signifiante.
- sans oublier un autre (sujet) avec lequel entamer le dialogue, celui qui à la charge de valider le dit de sens, derrière lequel est oublié ça qui de l’avoir été affecté vient au dire, s’écoute dans l’acte de parler. Si l’Autre (symbolique) est la condition de la parole, l’autre (réel) est la condition de la labellisation du sens par l’intermédiaire de l’Autre. Label dont l’autre nous crédite par l’intermédiaire de sa réplique qui manifeste son degré d’assentiment et par là même implique la compréhension qu’il aura eu de l’énoncé que vous venez de prononcer.
La caution du sens d’une parole est au principe de la reconnaissance de la conscience de celui qui vient de la prendre ; reconnaissance de son savoir de la situation dont l’énoncé dont il est l’auteur fait état 1. Dans le jeu de la communication, un énoncé n’aura l’a.o.c du sens qu’au regard d’un contexte, d’une situation à laquelle les sujets appartiennent, qu’au regard de l’état de celle-ci, c'est-à-dire de l’adéquation d’un énoncé à cet état, aux savoirs constitués sur la situation qu’ils représentent.
Savoir ce que l’on dit avant de le dire, c’est avoir conscience de ce que l’on va dire, c’est énoncer, faire état -de ce que l’on sait- de la situation, et donc se conformer à la situation à laquelle on appartient en l’état. Le sens conscient, un propos consciemment énoncé, qui fait sens au regard de la situation, participe au renforcement des représentations, des savoirs en place qui circulent entre les sujets par l’intermédiaire des énoncés qui les véhiculent...à moins que ça, l’insu de la situation, quelque chose qui n’est pas compté dans la situation telle qu’elle est su, vienne à l’être, à être écouté, soit ainsi pris en compte, comptabilisé et ainsi en subvertisse l’état, reconfigure le donné situationnel. La jouissance…ça tombe sous le sens, ça « reste oublié derrière ce qui se dit dans ce qui s’entend ». L’affect joui se perd à la traduction, masqué derrière une parole qui l’amène à se charger de sens, en marge duquel la jouissance se noie. Outre le passage de la jouissance à la comptabilité, sa récupération implique également de vider de son sens le statut traditionnel du sujet, de détrousser celui-ci du sens, de l’illusion dont se soutient cette conception selon laquelle le sujet, auquel la pensée est fait don, domine, maîtrise le sens et la signification des énoncés qu’il prononce. Illusion qui en cache une autre et dont elle est le fruit, celle de la théorie de la communication, selon laquelle l’émetteur est quelqu’un qui envoie un message à un récepteur, quelqu’un d’autre auquel ce message est sensé être adressé. Les savoirs constitués qui font état de la situation de communication rigidifient les places d’émetteur et de récepteur. A partir du moment où le message est produit, où la parole s’est fait entendre, ces places sont assignées définitivement selon l’état des savoirs d’une telle situation, selon la manière dont on (se) représente (dans) la situation de communication. Dans cette situation telle qu’on la sait : l’émetteur est le producteur du message, celui qui a fait acte de parole. La place du récepteur est, dès lors, assignée par opposition à celle de l’émetteur, puisque c’est un autre que lui qui est sensé recevoir le message, c’est à un autre que lui qu’il est sensé s’adresser. Ces savoirs constitués sur la situation de communication présupposent qu’émetteur et récepteur, ainsi désignés, se servent du langage comme d’un outil. Les savoirs constitués sur la situation de communication, s’ils présupposent qu’émetteurs et récepteurs n’en mesurent pas toujours la portée, maîtrisent le sens des propos énoncés, conscients de ce qu’ils disent comme d’eux-mêmes.
Le « discours de passe » est le nom qui inscrit la volonté de subversion des situations de communication telles qu’elles ont cours en l’état ; volonté de subversion des savoirs constitués sur la communication. Ce nom est l’inscription de la jouissance réitérée que représente ce qui aura été l’expérience d’une communication avec l’autre dans laquelle l’affect aura été présence pleine. Le discours de passe est la tentative de création d’une situation de communication dans laquelle le sujet est invité à se dire, à inventer un savoir qui ne préexiste pas au dire. Pour cela même, le discours de passe est invitation adressée au sujet en vue d’une mise au travail conjointe ; travail dynamique de formulation de ça qui les affecte afin de mieux commu-niquer, c'est-à-dire être à l’écoute de celui/celle qui vous donne la réplique. Ceci implique la décision de rompre avec les savoirs constitués sur la pratique de la communication et remet en question l’assignation des places dictées par le bon sens de la théorie du même nom. Le discours de passe admet que l’Autre -en l’occurrence l’inconscient d’un des participants au discours de passe- soit en position d’émetteur ; ce que la théorie de la communication ne permet pas, ce que l’état des savoirs de cette situation dont elle enseigne la pratique n’admet pas. Ce discours n’exclut pas de la situation de communication l’inconscient des passeurs qui dialoguent ; participants au discours de passe que nous appellerons désormais par commodité «les passeurs ». Si l’Autre est à la place d’émetteur -si l’un des passeurs est parlé par l’Autre- ; alors la place de récepteur peut être occupée par un autre passeur ou encore par le passeur de la bouche duquel une parole aura été émise. Dans ce dernier cas, l’Autre, en venant à s’exprimer de sa bouche, lui fait savoir dans l’après-coup de l’énonciation de cette parole qui lui aura été adressée -qu’à son insu il se sera à lui-même adressée- ce que de lui-même il ne savait pas, ce qui aura été insu du récepteur qui en l’occurrence est aussi celui qui, en excès sur lui-même, a articulé les mots de l’Autre qui colportait ce qui, dans son dire, lui aura été insu ; insu que cette énonciation vient lui faire savoir.
Dans le cas où la place du récepteur est occupée par quelqu’un d’autre que celui là même qui a donné de la voix; l’Autre d’un des passeurs (son inconscient) peut émettre une parole en tant qu’elle aura été adressée pulsionnellement à un autre passeur. Dans un tel cas, celui qui donne de la voix aura fait semblant d’incarner l’Autre de l’autre, et ce à la plus grande surprise des deux : instant de partage d’une non-relation qu’est la communication, le jeu du commu-niquer auquel se livrent les passeurs. Ce dire à l’autre adressé est susceptible d’être violent en tant que les effets de sidération -les affects- qui peuvent en résulter sont dus à la venue en présence d’un insu de la situation dont ce dire aura été le vecteur. S’ils se prêtent au jeu, s’ils s’y prennent, s’ils y sont pris, les passeurs ne manqueront pas de (se) rendre compte de ce qui leur aura été insu, de ça que d’eux-mêmes il ne savaient pas ; et qui, venant à se savoir, rend caduque l’état des savoirs qui régissaient les perceptions de la situation antérieure à laquelle ils appartenaient avant sa désagrégation, avant que ça se sache. Qu’on se le dise... Le discours de passe ne présuppose pas que les passeurs soient conscients de ce qu’ils disent comme d’eux-mêmes. Ce discours admet que les passeurs parlent sans savoir ce qu’ils vont dire au préalable et encourage la spontanéité de l’énonciation, crée les conditions favorables à l’expression de la pulsion, de l’Autre entendu comme l’inconscient. Ce discours présuppose la présence de l’Autre, de l’inconscient, de l’insu subjectif dans toute situation ; et ce sans que celui-ci ne soit jamais compté dans aucune en tant qu’il est ce qui n’appartient pas en l’état à la situation, il est ce qui venant à se savoir en subvertit l’état. C’est pourquoi ce discours se prête, est propice à l’énonciation de ça qui est insu d’eux-mêmes, à l’accouchement d’une vérité qui n’est autre que ça que les passeurs ne savaient pas d’eux-mêmes avant de l’entamer. Maxime freudienne : « Là où ça était, je dois advenir ». « Là où ça était, je dois advenir » : parole de quelqu’un qui ne sait pas, rend compte d’un sujet qui n’est pas encore advenu, parce qu’il ne se sait pas capable en l’état de savoir ce que ça a à dire. Parole de quelqu’un qui sait qu’il porte en lui de l’insu, la présence d’un insu de la situation ; il sait qu’il ne sait pas tout d’elle, de celle à laquelle il appartient. « Ça », c’est le symptôme de quelqu’un qui demande à (se) savoir, c’est le sujet -de l’inconscient- en tant qu’il n’est pas encore advenu, c’est l’acte de parole de quelqu’un qui décide de prendre acte de son advenir sans avoir la maîtrise de son destin ; sujet qui ne saurait advenir une fois pour toute -une fois pour toutes les fois- ; sujet dont l’advenir est à réaffirmer coûte que coûte, à chaque fois.
Appelons événement la venue en présence de l’insu d’une situation qui aura appelé le sujet à advenir en tant qu’inconscient. La venue en présence de l’événement est inscription du vide de la situation antérieure qu’il désagrège ; en tant que l’événement, l’insu qui vient à se savoir (à être nommé, comptabilisé) aura attesté de la faille de la conscience qui rêve d’une totalisation à toute épreuve, rompt avec les savoirs établis qui participent à faire état de la situation. L’événement aura été l’impensé de la situation antérieure dont il est le supplément qui, insu, n’aurait su y être conté avant que ça se sache, être compté comme élément de la situation en question, rendue caduque par sa survenue. « Ça » représente -pour quelqu’un- dans une situation donnée, la présence d’un insu qui ne saurait l’être en l’état et sur lequel les savoirs constitués de la situation sont en excès, ne font que forclore la survenue de l’insu. «Ça » appelle quelqu’un à être sujet, à le devenir sous le coup/coût de l’événement qui viendra le transir, subvertir la situation, et par là même l’appartenance de quelqu’un à son état. Les affects sont effets de l’événement qui saisissent quelqu’un, de l’événement qui le déconcerte. Le sujet fidèle est l’effet d’une décision prise dans l’après-coup de l’événement, dans l’après-coup des affects suscités par sa venue en présence, au moment de la retombée de l’intensité issue des effets de saisie de l’insu. L’événement qui ne se laissait compter parmi les savoirs et usages de la situation antérieure à sa survenue, contraint à l’advenir d’un sujet qui, fidèle à son éthique, ne se distingue pas de la décision de persévérer dans la rupture événementielle, de prendre acte de l’insu qui est la Loi de toute situation et donc « d’inventer une nouvelle manière d’être et d’agir dans la situation »2 dans la foulée de la subversion de son état antérieur3.
L’avoir lieu d’un discours de passe, afin d’être mis en situation, d’investir une situation, a pour condition la subversion de l’état d’une situation antérieure, condition de son advenir. Son advenir dépend, pour que cela se passe -pour que ça soit passé au dire-, de la présence de ceux qui auront accepté de se faire passeur, de s’autoriser à l’être ; passeurs qui ne doivent souffrir d’aucune inhibition sur ce qui leur vient à raconter. Ceci dépend de leur capacité à dépasser leur petite personne, c'est-à-dire la petite image que chacun se fait de lui-même et les éventuelles dissolutions de celle-ci qui peuvent, dans sa transmission à l’autre, s’ensuivre. Dépasser les effets de cette dissolution -les affects névrotiques qu’elle est susceptible de susciter- est la condition pour que les passeurs ne souffrent pas d’inhibitions langagières qui résultent de la conservation de l’image que le souffrant -l’inhibé- a de lui-même. L’avoir lieu d’un discours de passe implique que les passeurs ne tournent pas sept fois la langue dans leur bouche avant de parler, ne sachent pas ce qu’ils ont à dire avant de le dire. Les occurrences de l’avortement de ce discours se condensent dans les réticences envers les conditions même de son avoir lieu. Ne pas savoir ce qu’on dit avant de parler est susceptible de dresser les réticences les plus vives chez nos contemporains ; et ce sans qu’ils sachent ce qui les causent. Ils peuvent trouver, dans cette absence de contrôle, l’inconvénient de voir leur image écornée, celle que chacun se fait de lui-même, à travers le regard de l’autre, dissoute. Il n’y a pas de déshinibition par excellence, un état de déshinibition qui pourrait être atteint une fois pour toute. Ces réticences dont le désamorçage est une perpétuelle réaffirmation valent pour tout un chacun.
Le discours de passe recueille des paroles pouvant être a priori inconsistantes eu égard à la spontanéité de l’énonciation qui a cours dans ce discours. Ces paroles rendent compte des expériences des passeurs, de la manière que chacun d’ eux aura eu d’être affectés dans diverses situations sur lesquelles leur énonciation fait retour, dans lesquelles ça qui n’est pas encore conté/compté s’est inscrit sans avoir été encore formulé. Afin que ça vienne à se savoir une fois passé au dire, ça nécessite donc d’être nommé, puis resitué en tant qu’insu d’une situation singulière pour faire sens ; pour donner jour à la contingence d’un sens après-coup, un sens inconscient ; ça nécessite si cette contingence se fait jour -une fois que ça se sait a posteriori- d’être resitué par rapport aux énoncés qui précèdent l’instant de sidération qui suit l’énonciation de ce savoir qui (vous) aura été insu. Le discours de passe est ainsi la tentative de créer, via le dialogue, les conditions de possibilité de la venue en présence d’un insu de la situation, de sa formulation, c'est-à-dire du passage de l’insu au savoir (savoir qui aura dès lors été insu) ; formulation de ça que les passeurs ne savaient pas d’eux-mêmes -avant de se(/)le dire-. L’audition d’une telle énonciation a pour effet de sidérer celui auquel elle s’adresse -pour le meilleur comme pour le pire-. Le coût de ce savoir étant de ne jamais savoir d’avance ce sur quoi l’on va tomber, de ne jamais savoir d’avance ce que de soi même on ne sait pas. Vaille que vaille...votre décision est prise. Encore reste-il à y être fidèle. En l’occurrence de l’avoir lieu d’un discours de passe, l’Autre désigne l’instance de l’insu qui fait Loi, le savoir insu, l’inconscient d’un des passeurs. En ce sens, il y a autant d’Autres que de passeurs en excès sur eux-mêmes. Mon propos est ici de resitué « l’Autre » en l’occurrence de l’avoir lieu d’un discours de passe. Concepts et énoncés gagnent à être situés dans le contexte de leur énonciation afin de saisir et discriminer les diverses occurrences données à ces termes, afin de ne pas entamer un dialogue de sourd ; ce dont les guerres entre chapelles philosophiques et le régime des opinions plus quotidiennement se nourrissent. La parole est le vecteur de l’inconscient qui par son biais en vient à s’exprimer. Ça qui est insu à l’un des passeurs ne peut être amené à se savoir que par les voix du dire. En l’occurrence de l’avoir lieu d’un discours de passe, parler, c’est être parlé par l’Autre ; entendre : une parole que je prononce peut m’être adressée. Mise en situation : alors que je suis conscient d’être en train de parler (dialoguer) avec un autre -passeur-, je m’aperçois que c’est l’Autre -« mon » inconscient en l’occurrence- qui s’adresse à quelqu’un qui n’est autre que moi. Alors que je suis (crois être) en train de parler à l’autre, je me rend compte, dans l’après-coup de cette énonciation, que c’est l’Autre qui me parle. Je me rends compte, après-coup, que je n’ai fait que rendre compte à l’autre de la parole de l’Autre qui m’était adressée à mon insu alors que je croyais m’adresser à mon semblable. Afin que l’inconscient d’un des passeurs en vienne à s’exprimer, le concours de tous est nécessaire. Chacun doit alors se prêter au jeu, en l’occurrence, tendre l’oreille et écouter; c'est-à-dire accepter d’être à l’occasion le support d’une parole qu’un autre vous donne à entendre. Parole que vous écoutez ; bien que dans l’après-coup de l’énonciation de cette parole vous puissiez vous apercevoir…que celle-ci ne vous aura pas été adressée. Que celui qui s’en aperçoive -y compris celui qui a fait acte de parole- jouent le jeu jusqu’au bout, le fasse savoir, rende compte de ce savoir (qu’est l’effet d’un s’apercevoir) à celui qui n’auraient pas eu l’ouïe fine, rende compte de ça à l’autre, de ce qu’aura été son savoir insu, de la formulation de ce qui l’aura affecté ; formulation qui est vouée à l’affecter en tant qu’elle condense désormais cette manière d’être (affecté), qu’elle en porte désormais la charge (d’affect). Chaque passeur peut donc n’être à l’occasion que le support d’une parole, n’être rien d’autre qu’une oreille tendue à l’autre, n’être que l’écoute qu’il lui porte, n’être que l’être à l’écoute de l’affect. Tout Autre cachant un(e) autre, c’est ce semblant d’Autre qu’est l’autre que quelqu’un est, haït, aime. A partir du moment où, l’un et l’autre ne sont plus à l’écoute l’un de l’autre, ça, en plus de tomber sous le sens, tourne au malentendu. A se limiter à la froide compréhension de ce qui se dit, les sujets se privent -et ce sans forcément le savoir pour autant qu’ils n’ont jamais été affecté de la pratique du discours de passe- du partage de cette non-relation qu’est la communication dont l’écoute/l’amour seul permet de faire l’assomption. Tout dialogue impliquant la réplique, implique en amont de celle-ci une demande adressée à l’autre ; et ce quelque soit le désir qui soutient cette demande, quelque soit l’objet qui ait motivé son entame. C’est une demande implicite d’écoute de la part de l’autre que formule celui qui fait acte de parole. Virtuelle réponse d’autrui à cette demande d’écoute formulée tacitement ; parole de quelqu’un dont la voix ne se serait pas fait entendre si la réponse d’autrui à cette demande d’écoute n’était pas présupposée de la part de celui qui vient de la prendre.
Quand je ne sais pas ce que je dis, j’en dis plus que j’en sais. Au lieu d’un sujet qui conscient, se sait maître de ses dires qui attestent du savoir qu’il a de la situation à laquelle il appartient (con-sciemment) en l’état -et donc certain du savoir qu’il a de lui-même-; le sujet antiphilosophique prend acte de la présence d’un insu de la situation à laquelle il appartient, dans laquelle il évolue ; il prend acte d’un savoir qui, insu, ne préexiste pas à l’acte de parler. L’insu de la situation vient à se savoir dans l’après-coup d’un dire qui marque l’instant extatique de l’événement qui nomme l’insu -de la situation et donc désagrège les savoirs qu’on avait sur le sujet constitué-. Le sujet peut, s’il souhaite de tous ses vœux en pâtir, se lancer dans la quête infiniment vaniteuse de totalisation des savoirs, de forclusion de l’insu sur lequel il désirerait alors avoir prise définitivement. « L’insu » représente le trou dans le savoir qui ne saurait être comblé définitivement, la vérité innommable qui troue les savoirs en place ; une place vide, sans occupant, qui vaut pour toute situation. Il est présent dans la situation à en être l’absent qui se soustrait à elle; comme la jouissance, est présente dans la représentation à en être l’exclue.
La jouissance est insue du sujet : représentant l’exclue de la représentation, elle ne peut être inscrite en elle que par défaut comme symbole du non-symbolisable (S ). Le sujet sait qu’elle lui est insue ; que n’ayant pas le droit de cité au sein de la représentation, elle lui est inter-dite, et ce au nom de la Loi de l’Autre, de la Loi de l’insu. La venue en présence de l’insu d’une situation, l’événement, est nomination du vide de la situation qu’il désagrège, passage à la comptabilité de ce qui aura été laissé pour compte par la situation antérieure. L’insu, bien qu’il puisse être désigné nominativement dans l’après-coup de sa venue en présence, n’en demeure pas moins la structure de toute situation ({} ou )4. Sur les cendres des savoirs constitués qui faisaient la situation antérieure, d’autres se constituent à partir d’elles, agençant une nouvelle donne situationnelle jusqu’à ce que la survenue de l’insu de cette situation nouvelle la désagrège, fasse son entrée sur la scène de la représentation, s’inscrivant en elle comme ce qui l’aura mis à bas.
Table des matières de « La jouissance de la parole »
Introduction ........................................................................................................................ p1
Etude du schéma de la Lettre 52 : de la perte à la
récupération de la jouissance, de la Chose à l'objet a . ........................................... p7
Section 1 : Les perceptions ou impressions ................................................................ p9
Section 2 : le ça, lieu du chiffrage de la jouissance perdue :
les perceptions-signes ................................................................................................. p10
Section 3 : L'inconscient ................................................................................................ p12
I] …ça parle ..................................................................................................................... p12
II …de la perte de la Chose qui fait trace dans l'Autre ............................................ p14
III] Le sujet et la Loi (de l'Autre/du Désir) ................................................................... p17
A- La castration symbolique : la constitution de la Loi ............................................ p17
B] L'application de la Loi : « La jouissance est
inter-dite à qui parle comme tel » ............................................................................... p20
C] De la Chose et des objets ...................................................................................... p27
Section 4 : Entre sens et non-sens : l'insu au cœur du sujet ................................ p30
I] Le discours de passe : tentative de création d'une
situation qui laisse place à l'insu ............................................................................... p30
II] Sens inconscient/Sens conscient ......................................................................... p38
III] Les formations de l'inconscient et la structure :
du couple métaphore-métonymie ............................................................................ p47
Section 5 : La récupération de la jouissance : l'objet a ....................................... p55
I] Le corps pulsionnel : entre jouissance et désir,
satisfaction et insatisfaction ...................................................................................... p55
II] La fonction de l'objet a : nœud de la jouissance et du désir .......................... p59
III] La trinité du sujet multiple : réel-symbolique - imaginaire .............................. p62
Section 6 : épilogue du schéma de la Lettre 52 : vers un
manifeste pour un discours de passe ..................................................................... p67
Conclusion : Le discours de passe en tant que
« dispositif de subjectivation qui optimise les pulsations de l'inconscient » .. p73
• Une pratique avant toute chose…………………………………………………p73
• L'inconscient en acte : du j'ouïs-son et de la j'ouïs-sens…………………….p83
Bibliographie ...................................................................................……….…........ p100
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4 « On pourrait dire que puisqu'une situation est composée par les savoirs qui y circulent, l'événement nomme le vide en tant qu'il nomme l' insu de la situation. » : Badiou (Alain), L'éthique : essai sur la conscience du mal,op.cit., p 93
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