Le lexique d'une démocratie
 
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     Fabien Tarby – Démocratie Virtuelle, L'Harmattan, 2009, extrait, ps 195- 224.

 

 

    

      Dictionnaire des concepts

 

 

Arbitraire de l’ordre alphabétique, bien sûr.

Condenser cependant l’essentiel en quelques définitions pourrait permettre une compréhension intuitive, voire suffisante, des lignes de force qui travaillèrent ici et composèrent. Le réseau abrège parfois, développe plus longuement ailleurs, mais se suffit à peu près à lui-même.

 

 

Amour

 

 Désigne l’une des quatre conditions du sujet. Celle par laquelle le sujet, sous la forme – éventuellement simultanée ou revenante – du Deux, éprouve la tension entre désir et mysticisme de l’autre. Cette tension constitue justement l’amour, comme travail éprouvant et entre-deux des extrêmes (pornographie ou théologie de l’Autre). L’amour est une Vérité disponible mais infinie pour ce Deux singulier, elle et moi, lui et moi. Cette vérité prend la forme d’une assomption du caractère purement sexuel du rapport à l’Autre sans nier son existence, comme matériau. Elle ne conduit pas cependant au mysticisme de l’Autre, sinon par illusion ou hallucination.

L’amour n’est pas la politique. Chaque condition est spécifique. Des conditions, l’amour est la plus singulière, quoique son universalité de singularité soit un fait (éventuellement relevé par l’Art).

Dès lors, aucune prescription politique (en définitive totalitaire) sur son dû et son non-dû, sa légitimité ou son illégitimité, ne peut être formulée. Toutefois, il y a certainement invention de l’amour comme il y a invention de la politique (authentique) et liaison possible entre les deux. Il y a un amour de convention et un amour de révolution.

Dans la Démocratie virtuelle, l’amour s’expose à la schize d’être d’abord écarté aux extrêmes, entre pornographie et mysticisme, réduction au désir et sublimation pure, ou romantisme de haute naïveté. La schize est évidemment perte de sa spécificité, l’entre-deux. Dans le médiatisme artistique de la réduction corporelle, ou de la béatitude des bons et éternels sentiments, qui sont produits opposés mais compossibles de la Manufacture des rêves.

Le Droit assure d’autant mieux à l’Amour sa place sociale que l’amour est devenu, selon les deux extrêmes, la possibilité du libre défoulement pulsionnel des individus et l’Eldorado d’une croyance en l’Idée ainsi favorisée (ou un combiné adroit des deux, pornographie et mysticisme). Ce qui détourne les sujets des autres conditions, en particulier de la condition politique. Son existence en extrêmes, et le soin dont l’on fera preuve pour en affirmer juridiquement la réalité (droit au porno comme aux croyances, synthèse instable dans la Famille, d’une part, et les libertés individuelles, d’autre part) sont symptômes d’incertitude quant à l’existence de Vérités pour notre monde, au sein même de la condition la plus naturellement propice à sa révélation.

 

 

Anarchisme

 

 L’un des modes fondamentaux de la politique ; celui qui exige que l’Idée de liberté soit non seulement première mais absolue. L’anarchisme se distingue des autres modes en ceci qu’il n’a jamais donné lieu à une réalité historique. D’où, à la fois, sa puissance idéale, immaculée, et le scepticisme de sa possibilité concrète. L’anarchisme est une vérité de la liberté et, de ce fait, il est la seule pensée politique qui conçoit correctement la puissance éperdue comme objet premier et terminal de la politique. L’anarchisme s’expose cependant, qu’il soit de droite ou de gauche, à l’impasse de la métaphorisation de l’Etat, devant tôt ou tard affronter la question de la compossibilité et de l’ajustement des autres Idées, propriété et égalité. La propriété est en général symptôme de son impasse généreuse.

 

 

Archétypal

 

 Désigne, au-delà de la singularité des séquences, la forme éternelle des Idées politiques. Il y a donc un nazisme archétypal (l’Inégalité), un communisme archétypal (Egalité), un capitalisme archétypal (Propriété), un anarchisme archétypal (Liberté). Il est important de saisir la participation des discours et des actes politiques, dans une séquence, aux archétypes.

 

  

Art

 

 Condition du sujet. Celle par laquelle la synthèse intellectuelle et sensible de son être, ainsi que son rapport au monde, sont exprimés en Vérité, dans la singularité universelle d’une œuvre. L’art n’est pas la politique. Toute condition est spécifique. Mais l’art – comme l’amour, le savoir – peut être, à sa manière, de politique ordinaire, comme il peut être de politique révolutionnaire. L’hypnose produite par la manufacture des rêves tend, dans notre système, à réduire l’art à peu de chose, et à oublier sa spécificité : ouvrir l’homme à d’autres possibles affectifs et intellectuels. Ou bien il est cette marchandise culturelle au service du médiatisme.

 

 

A-typie

 

 Désigne une des prescriptions du corps politique. Celle selon laquelle un Etat, un peuple, une société qui réaliseraient les prescriptions du corps, loin d’être une nation utopique, seraient modèles pour le reste des nations. Ceci pour inverser l’omniprésence lâche du discours descriptif qui consiste à s’aligner sur les faits et gestes des autres nations, et à en tirer des leçons sur ce qui est possible pour nous et ne l’est pas.

 

 

Barbarie par l’indifférence

 

 Désigne la manière dont la barbarie prend forme dans les démocraties virtuelles, en toute bonne conscience. Ce n’est pas la barbarie active des dictatures, mais les 6 à 9 millions d’êtres humains qui meurent de faim ou de maladies dans le monde, chaque année, tandis qu’il suffirait de peu, au regard des flux financiers privés et publics, pour empêcher l’horreur. La barbarie par l’indifférence est la honte même de notre temps. Son refus actif est sans doute la prescription première du corps politique.

 

 

Capital

 

 Une des structures de la démocratie virtuelle, et certainement la plus essentielle, puisqu’elle est, en termes marxistes, infrastructure absolue. Le Capital ne désigne pas seulement la recherche du profit comme but divin laissé aux hommes, ainsi que l’articulation monotone (mais vitale) de la dyade production/consommation. Le Capital atteint son être même lorsqu’il devient virtuel, c’est-à-dire lorsque la spéculation se dématérialise absolument. Alors, l’argent lui-même s’achète et se vend. La vie autonome du capital ne délivre pas moins des effets terriblement concrets. Le plus grand nombre dépend corps et âme de ses miettes.

 

 

Conditions

 

 Constituent le sujet dans l’animal humain. Font notre humanité. Le mot est d’Alain Badiou, maître par excellence. Il y en a quatre. L’art, l’amour, le savoir, la politique.

 

 

Corps politique (corps en expansion, corps fluent, corps réifié)

 

 Un corps se caractérise par la liaison (en droit internationale) des singularités, la coordination des puissances éperdues en vue de l’expression des Idées et de la reconnaissance de leurs Vérités.  Il est le moyen collectif d’une implosion structurelle, de la venue au jour des vérités immédiates, mais aussi structurelles, finalement de la possibilité concrète du progrès matériel, constitutionnel et spirituel de l’humanité.

Un corps n’est jamais un Parti d’institution. Un des enjeux majeurs de la politique révolutionnaire de notre temps est de créer le corps (ou plutôt des corps) sans retomber dans la structuration d’institution. Ni il n’y a, en effet, allégeance syndicale aux partis de la représentation, ni il n’y a croyance en l’Unique (communisme historique). Le corps existe d’être au-delà de la démocratie virtuelle et de la dictature du prolétariat.

Le corps est certainement, aujourd’hui, l’improbable du système virtuel, en même temps que son refoulé.

Un corps est en expansion lorsque l’implosion événementielle, sa dialectique, et sa reprise permettent à l’activité révolutionnaire de se déployer dans l’unité d’un même vouloir, partagé par les singularités, et par laquelle la puissance éperdue s’ordonne aux Idées et à leur Vérité.

Mais alors, le plus troublant de la politique vient à la rencontre de la procédure. Car le corps ne peut jamais décider selon la fidélité à sa propre Vérité politique qu’il entend incarner s’il doit s’ouvrir à l’infinité des singularités (Liberté) ou admettre comme structure première et indépassable l’Egalité. Une Egalité des Libertés ? Ou une Liberté des Egalités ? Quelle est la prescription ultime du Corps ? Quelle sera son immanence ? Comment distinguer son intériorité de son simulacre ?

En vérité, si l’on ose dire, cette question est aussi bien celle du communisme et de l’anarchisme. Les uns construisent un corps réifié, bien ordonné, discipliné, où la liberté des singularités s’évanouit en tant que telle en se réalisant dans le mot d’ordre de l’Egalité ; mais tirent de cette orientation la puissance capable de pouvoir. Les autres songent indéfiniment, au nom de la Liberté, au fluent du corps, capable d’admettre toutes les singularités, même contradictoires, et le devant absolument.

C’est le corps réifié contre le corps fluent. C’est communisme, ou anarchisme, au sens le plus archétypal des termes. C’est pensée du global contre pensée du local.

Il est évident que le corps réifié prend le risque (nécessairement effectif, tôt ou tard) de tromper la problématique de son devenir en vue de la Vérité en imposant comme sa réalité (et donc sa vérité de simulacre) la solidification sordide de sa structure organique. Viennent les chefs, les hiérarchies, les directions nécessaires, les dynasties, etc. L’intériorité n’est alors conquise qu’à la condition d’exclure ce que l’extériorité et le mouvement même de l’événement à l’intérieur du corps pourraient proposer à la Vérité du corps, qui n’existe, comme Corps, qu’à vouloir ce que la Vérité a d’implosif, et non comme Structure, fière d’être Structure parmi les structures. C’est le problème du communisme. Et l’on sait où il peut mener. Le Corps est alors simulacre. Le Corps devient Parti. Même le vote, la croyance au vote, peut aider à une telle réification.

Mais le problème inverse existe, évidemment. C’est le Corps anarchiste fluent. Celui qui ne veut pas savoir qui il est, et, ce faisant, qui accepte, au nom de la Vérité, son indétermination comme cette révélation religieuse de la supériorité de la Liberté sur l’organisation. Le Corps fluent accepte tout. Au nom de la Liberté. Et devient l’informe de sa forme au nom d’une Idée.

Cependant, puisqu’il y a tension entre les Idées du corps, la Liberté et l’Egalité, le problème est pour ainsi dire antinomique. Il est évident que nul ne saurait en sortir indemne. Il y a dialectique éternelle. Car ni le Corps communiste ni le Corps anarchiste ne sont encore dans la Vérité, et leurs directions sont la tentation des simulacres.

La solution à cette antinomie est simple, quoiqu’on puisse longtemps l’ignorer, ce qui arrive tant que l’on néglige, au nom des principes, ce que peut l’effectivité d’une décision.

Il faut définir le Corps.

Il y a décision.

Le Corps réel se définira à partir de ses prescriptions élémentaires. Seront du corps celles et ceux qui y adhéreront, en vérité. Ne seront point de ce corps ceux et celles qui les refuseront.

En définitive, ce qui importe, dans un Corps, ce n’est pas la majorité mais la décision unanime. Car, pour parler comme une religion, la décision est le temple du Corps, tandis que la majorité ne sert qu’à sanctifier les moyens de parvenir à cette décision.

Qu’est-ce qui distingue un corps authentique d’un corps de simulacre ? Demandez à voir les prescriptions. Non les votes. Cela seul le dira.

 

 

Citoyen virtuel

 

 Un citoyen virtuel est un citoyen typique de la Démocratie virtuelle. Essentiellement celui qui, épousant par ailleurs peu ou prou  la manière dont celle-ci traite les trois autres conditions que sont l’amour, l’art, le savoir, reste structurellement sans activité authentiquement politique. Sa figure classique est celle du citoyen satisfait, de temps à autre, d’avoir voté et d’avoir ainsi accompli son devoir tout en faisant valoir son droit.

 

 

Communisme (historique et idéal)

 

 Désigne idéalement la constitution d’un corps de pensée et d’action (Marx et les bolcheviks) qui se donna pour fin l’Idée d’Egalité et pour moyen la Révolution globale. Les deux erreurs du communisme sont de confondre l’Idée et la Vérité, d’une part ; de croire en l’Etat-divin, dernière religion du matérialisme, d’autre part. Il n’en affirme pas moins, comme l’anarchisme la liberté, la nécessité de l’Idée. Le communisme historique est le renversement de l’intention idéale, et louable, en sa dictature de l’Egalité.

 

 

Constitution

 

 Désigne le mode concret selon lequel une politique s’effectue en droit. Il est à la liberté, aux Idées en général, à la Vérité, ce que l'organisme, seulement animal, est à notre existence d’individu.

Il n’y a pas de constitution Idéale. Une structure est une structure.

Cependant le progrès dépend de la manière dont l’implosion change en vérité la constitution.

 

 

Décision/Vote

  

Désignent les deux modes essentiels par lesquels la puissance éperdue se transmue en pouvoir, en puissance ordonnée, donc, ou en puissance représentée. C’est la question de savoir comment la puissance devient pouvoir, et quel pouvoir fait office de puissance, comme l’artifice du naturel.

A) Dans la décision (Rousseau l’avait bien compris, à sa manière) seule l’unanimité règne. Pour la raison simple que ceux qui n’orientent pas ainsi leur volonté ne seront pas du corps. La réponse est ainsi dans la question. En êtes-vous ? Êtes-vous des nôtres, oui ou non à la fin ?

Sans décision, jamais il n’y aurait corps. Car le Corps n’est jamais que décision des singularités croissantes de lui appartenir.

La décision est donc un absolu. S’expose nécessairement par là au simulacre. Je peux décider d’être nazi, stalinien (ou non...).

Ce qui veut dire que la décision n’est pas encore l’assurance d’une Idée, encore moins d’une Vérité. La décision est indifférente au Simulacre comme à la Politique authentique, d’être coutelas juste ou injuste. Hitler, voyez-vous, fut un chien à décider. Le Simulacre est de décider contre la Vérité des Idées. Le drame de la Démocratie virtuelle est de ne point décider, ce faisant de décider que le simulacre régnera, de ne point même décider. Il y a le simulacre de l’Idée et le simulacre de son inexistence. Notre époque est appartenance à la seconde forme.

Seule une prescription élémentaire du Corps peut faire savoir si le maître est de simulacre ou le corps en expansion de politique authentique. A notre avis, les prescriptions du corps authentique sont aujourd’hui au nombre de sept.

Qui n’en veut pas n’est pas des nôtres.

B) Une décision est donc unanime par cela qu’elle délimite un Corps ordonné d’un corps incertain ou dont la puissance resterait éperdue. Elle fait le corps. Où l’on voit que le vote n’est qu’une instance secondaire et artificielle de la réalité de l’existence du corps. Le Corps est unifié de lui-même, par lui-même, et ceux qui n’en sont pas n’en sont pas.

Vient cependant, nécessairement, se poser ici la question du vote. Le vote peut bien ressembler à la décision. N’est-il pas une décision, choisir Le Pen plutôt que Chirac, Sarkozy, Madame Royal, etc. ? Certes, il l’est en un sens, dans les limites sévères d’une éducation structurelle du vote. Mais le vote est, en dernier lieu, autre chose qu’une décision. Il n’est pas une décision, au sens authentique. La décision dérange la démocratie virtuelle. Pour son plus grand bien, ou son moindre mal, qui est d’être à nouveau en question. La décision est cette puissance éperdue soudain ordonnée tandis que le vote est cette puissance rendue au pouvoir.

Il y a cette dictature de la démocratie virtuelle de faire croire que la puissance éperdue, rendue à la représentation, s’est parfaitement exprimée et convertie. Nous en payerons tôt ou tard le prix. Car cela n’est pas un Corps.

C) Il est évident, cependant, que la question du vote et de la décision reste indéfiniment problématique. Rousseau résout heureusement la question en affirmant que ceux qui ont choisi unanimement la majorité comme principe de l'unanimité (en tout cas de la volonté générale) ont librement déterminé le principe d’artifice. Ce problème est évidemment sans solution. Mais Rousseau aurait dû apercevoir l’abîme plutôt que la conciliation artificielle...

Que la majorité soit un principe, mais non le principe, du rapport entre puissance et pouvoir, voilà ce que nous avons à apercevoir pour les temps à venir. Tout cela concerne, en dernier lieu, la Constitution.

 

 

  Démocratie virtuelle

  

Désigne le mode d’existence politique qui est présentement le nôtre.

La démocratie virtuelle est d’abord, par l’histoire, ce système politique né de la fin de la deuxième guerre mondiale. Il se caractérise par la fin des grandes Idéologies, essentiellement le nazisme et le communisme, l’Egalité et sa Négation, négation élevée au rang d’Idée en Simulacre absolu, Idée même du simulacre, oserait-on dire... Ou bien, dans le cas du communisme, l’Egalité comme motif de dictature.

La Démocratie virtuelle semble donc être le contraire absolu de la Dictature.

Voir...

Elle est d’abord ce système qui après les dictatures de l’Egalité et de l’Inégalité élevées au rang d’Idée (nazisme et communisme), donne à la Propriété, comme Idée, contre la Vérité, ses droits d’absolutiste.

La Vérité exige en effet autre chose qu’une Idée, même si l’Idée est son premier miroir.

Cette suprématie de la Propriété s’accompagne cependant chez elle de la négation de l’existence même des Idées. Tel est précisément ce qui distingue une démocratie virtuelle d’une dictature avérée... En apparence. Car comme la Propriété est la plus inégalitaire des Idées, il s’en faut de peu qu’elle soit reconnue comme capable du plus grand despotisme. Ce peu est justement l’inconscient de la démocratie virtuelle.

Il nourrit, ce peu, en général, et cela contre toute évidence, notre certitude de n’être pas en dictature, et par là dans le meilleur des mondes.

La démocratie virtuelle de notre temps a trois structures :

- Le capitalisme, son maître même, qui n’est pas une pensée mais une action.

- Le médiatisme, miroir mon beau miroir.

- La politique de représentation, qui fait croire que, décidément, il ne s’agit point d’une dictature.

En réalité, la différence entre dictature et démocratie n’est pas qualitative mais quantitative. C’est tout le problème de la politique.

 

 

Dépérissement de l’Etat (Marx et Engels)

 

Concept essentiel à la compréhension véridique du communisme de Marx et Engels. Il désigne le stade ultime du communisme, où la disparition même de l’Etat est rendue possible par l’avancée matérielle et spirituelle que son omniprésence a d’abord permise. De telle sorte qu’il permet d’éclairer non seulement la différence féroce entre communisme historique et communisme idéal, mais le rapport complexe entre anarchisme et communisme.

 

 

Descriptif

 

 L’un des deux modes politiques possibles. Opposé : prescriptif. Celui qui renonce aux Idées, se contentant d’expliquer que la politique doit se conformer à la réalité présente. Politique ordinaire, réformettes...

 

 

Dialectique

  

La dialectique doit aujourd’hui être repensée, ceci à partir de la plupart des concepts ici déployés. Nier le dialectique en politique, c’est confondre l’ontologie (mathématique de l’être) et la condition. Il y a, en politique, de la dialectique. Celle de l’Etat et du corps, en premier lieu. Celle qui résulte de la tension entre les Idées dans la Vérité. Cette dialectique doit être affirmée (et l’Etat pensé en elle), sans quoi l’activité révolutionnaire en reste à l’anarchisme local, ou à la religion étatique communiste. Elle ne doit cependant pas s’édulcorer en socialisme de parti. Le corps doit tenir ses prescriptions. Mais dialectique hasardeuse, incertaine, nullement hégélienne ou marxiste. Ce n’est pas la dialectique qui fait l’histoire, mais l’histoire (ou plutôt le devenir) qui fait la forme singulière, présente, inattendue des dialectiques.

 

 

Dictature

 

 Désigne, objectivement, un mode d’existence politique des hommes, peu recommandable, et qui se caractérise, à la fois, par la capacité d’un pouvoir à donner l’illusion à la puissance éperdue qu’elle s’est, en vérité, incarnée en lui, au-delà de tout artifice virtuel, et à damner, par la pratique d’une barbarie active, tout ce qui pourrait refuser cet axiome dictatorial. Il y a, en pure logique (mais seulement historique), trois formes possibles de la dictature.

- Celle de l’Inégalité avouée : fascisme, nazisme (contre l’Idée même).

- Celle de l’Egalité : communisme (contre la liberté).

- Celle de la Propriété : la démocratie virtuelle.

Cette dernière est certainement dictature à sa manière... Elle est dictature pour notre temps. Elle est certes ce contraire apparent. Si bien que tout le débat est de comprendre comment l’apparence de ce contraire peut être, sans les armes ni la police immédiates, une dictature.

Voyez l’article Démocratie Virtuelle, de toute urgence. C’est la substance de notre problème.

 

 

Effets événementiels

 

 Un événement peut être politique sans avoir d’effets puissants. Les effets mesurent seulement sa capacité (d’abord dans le médiatisme) à encourager l’existence d’autres événements politiques et, donc, la constitution du corps politique. Le médiatisme est cependant l’une des structures-clefs de la Démocratie virtuelle. D’un point de vue stratégique, les effets sont donc importants, et doivent être recherchés sous peine de perpétuer la censure par désertion et de renoncer à  l’expansion des corps.

Lorsqu’il y a des effets ils se reconnaissent à ceci :

1- Le point local de l’événement circule dans la globalité en réseaux du médiatisme.

2- Le point local rend possibles d’autres points locaux.

3- La vérité du point local et de sa reprise est irréductible au traitement médiatique et ne s’y laisse pas réduire.

4- Le point local, circulant, aide à l’expansion des corps.

 

 

Egalité

  

L’une des trois Idées de la politique, et dont la configuration impossible avec les deux autres constitue la nécessité  de la Vérité politique. Elle est celle que le communisme a particulièrement méditée, mais que son historicité a trahie avec férocité. Celle que le nazisme a niée absolument jusqu’à la limite de ce dont l’humain est capable. Elle doit être réaffirmée contre l’indifférence apparente de notre temps aux Idées, qui est tout aussi bien suprématie dissimulée de la Propriété sur l’Egalité, et même la Liberté.

 

 

Etat

 

Structure institutionnelle centrale. Qui entre en dialectique avec le corps. Toute implosion lui est en dernier lieu adressée.

 

 

Evénement

 

Désigne, de manière générale, l’advenue d’une procédure de vérité dans l’une des conditions du sujet, à partir d’un éclatement soudain des structures. Il y a des événements amoureux, artistiques, savants. Un événement politique, je l’appelle une implosion. Concept essentiel. La démocratie virtuelle, en général, confond les faits et les événements, déploie le simulacre en guise d’événement (le vote, par exemple) et interdit sournoisement qu’adviennent, enfin, quelque éclat et son Idée, sa Vérité.

 

 

Implosion

 

Il y a – implosion – lorsqu’un corps a réussi, peu ou prou, à inquiéter et modifier les structures au nom, légitime, de la Vérité politique. La vérité de l’implosion admet cependant, par nécessité de l’impossible, une limite, qui doit la conduire à sa vérité structurelle, sous peine de se changer en simulacre. L’implosion ne se fait pas sans obstacles. D’autre part, sa possibilité est révélée par des symptômes qu’elle ne doit cependant jamais prendre pour son effectivité. Les symptômes peuvent en effet toujours être réintégrés dans la structure, par cette dernière, comme simple accidents, péripéties de l’ordre. Tandis que les obstacles seront l’érection de l’impossibilité de l’implosion ; tandis même qu’ils ne sont que ces moyens-là d’empêcher leur propre destruction, leur propre instruction à autre chose.

« Chaque homme va crever. A lui d’imploser en sujet ». En politique comme en amour, en art, dans le savoir. Symptômes et obstacles sont la névrose qui empêche tout simplement la compréhension de la citation. Rien d’autre. Mais elle nous tient, en général, la névrose.

 

 

Global

 

Désigne l’Unité (relative) des multiplicités politiques. Mais la globalité est évidemment une illusion nécessaire. La politique est pour tous, au nom de tous, sans exception. Elle ne peut donc se passer d’un concept comme celui de la globalité, par sa vertu immédiatement universelle. Le global est l’Idée même. Cependant, il n’existe que des localités, ce que la distinction même des Etats et des pays nous apprend depuis toujours.

Il s’agit de faire en sorte que les points locaux traversent du mieux possible le global et que l’Humanité finisse par s’apercevoir comme telle, dans le générique de sa Vérité.

Le global n’existe pas ? Peut-être... Mais ni l’amour absolu, ni le savoir absolu, ni l’œuvre d’art absolue. Il n’en reste pas moins que l’amour, le savoir, l’art existent. Et donc la politique. La globalité est essentiellement, aujourd’hui, aux mains de ce que le médiatisme en reçoit et en dit.

 

 

Hypnose

 

Effet de la manufacture, l’hypnose consiste en ceci que le citoyen confond vérité et réalité spéculaire du virtuel, qui n’est pas même le réel. Elle aide à construire le citoyen virtuel. Ses dispositions à la propagande concernent les quatre procédures.

 

  

Idée, Idéaux

  

Affirmer l’existence des Idées, malgré la Nuit, est une prescription essentielle de la pensée révolutionnaire. Une Idée est philosophiquement éternelle mais son activation dans une séquence ou structure est proprement politique et exige une pensée concrète. Il y a, en politique, trois Idées : la Liberté, l’Egalité, la Propriété. Leur ajustement triangulaire est l’objet même de la politique. L’élection d’un des termes au détriment des autres est par exemple l’archétype du communisme (Egalité), du capitalisme (Propriété), de l’anarchisme (Liberté).

La  négation d’une Idée est-elle une Idée ? C’est une question assez profonde. Le nazisme est l’Inégalité même. Nous dirons que la négation peut bien avoir la force de l’Idée, mais qu’elle est en définitive de l’ordre du simulacre.

Réactiver l’Egalité contre l’obsession de la Propriété, tout en déployant jusqu’à sa limite la Liberté, est le sens de la politique authentique d’aujourd’hui.

 

 

Liberté

 

L’une des trois Idées de la politique. L’anarchisme en fit sa Vérité. La déployer jusqu’à sa limite extrême, sans qu’elle nie l’Egalité, est une prescription pour notre temps.

 

 

  Local (point local)

 

Un événement politique n’est jamais global. Il a lieu ici, maintenant, dans telles conditions, et ce qu’il réclame en Vérité des Idées, et de leur ajustement, est nécessairement partiel. Se rapporte à... Le point local est le concret de la politique. Le but de la politique authentique n’est pas la Révolution globale (concept dont le danger est extrême et conduit à coup sûr à la perversion du simulacre) mais la création de points d’implosions locaux capables de faire écho, d’encourager d’autres localités, et de réformer sérieusement une globalité toujours à retravailler.

 

 

Manufacture (rêve de)

 

La manufacture est la production médiatique de la Démocratie virtuelle, à même de configurer les procédures (donc l’art, l’amour, le savoir, la politique) dans l’inintelligence de leur vérité.

 

 

Matérialisme

 

a) Position et tradition philosophiques qui sont les nôtres, et qui affirment l’homme dans l’immanence d’un Être ou d’une nature sans divinité aucune. L’être est mathématiques infinies. L’infinité mathématique est son fond, qui en fait un abîme structuré. L’Être en personne n’est pas le Dieu, ou à-Dieu, mais le vide.

b) Séculaire refoulé de la métaphysique religieuse, le matérialisme a aujourd’hui pour enjeu son authenticité même. La révolution industrielle fut événement matérialiste par excellence. Aussi bien, le Capitalisme est une forme du matérialisme, tandis que le communisme de Marx et Engels en est une autre.

c) On peut opposer le matérialisme marchand, qui propage le nihilisme passif, au matérialisme idéal qui a traversé et surmonté le nihilisme actif. Un matérialisme est idéal lorsqu’il maintient l’existence d’Idées et de Vérités pour le sujet. Tandis que le matérialisme marchand ne s’adresse qu’à l’animal humain et nie le sujet en lui. Affirmer le Sujet des vérités est essentiel, mais ne reconduit pas le matérialisme à la religiosité, ni ne l’identifie au matérialisme dialectique de Marx et Engels.

 

  

Médiatisme

  

L’une des structures fondamentales de la Démocratie virtuelle. Elle est certainement superstructure, au sens rigoureusement marxiste. Le médiatisme est le spéculaire du réel qui se croit réel du seul fait d’être son énoncé scopique ou verbal. Sa puissance est sans pareille, et l’objet télévision est central dans un système de propagande opiacée comme le nôtre. La télévision peut certainement être intelligente, mais, en général, perpétue le culte de la forme au détriment de la matière réelle. Elle est soumise trop souvent aux qualités occultes.

 

 

Métaphorisation de l’Etat

 

Impasse de l’anarchisme. L’affirmation absolue de la liberté s’accompagne très vite, chez tous les penseurs anarchistes, de gauche comme de droite, Fourier, Bakounine ou Stirner, de la nécessité d’une coordination des Moi libres (sectes, fédérations, communes, etc.) Ce qui ne fait que métaphoriser dans la petite échelle consentie la nécessité de l’Etat. 

 

 

Nazisme

  

Pure saloperie archétypale et historique qui consiste à faire de la négation absolue de l’Idée d’Egalité le simulacre d’une Idée et même d’une Vérité.

 

 

  Nihilisme (passif)

 

Il est le vécu premier des hommes et des femmes dans le système de la Démocratie virtuelle, source de nombre de leurs affects. La passivité de ce nihilisme résulte de son occultation constante par la marchandisation du sens, par le déploiement des processus de jouissance censé constituer un sens en soi, une finalité. Mais aussi par le soi-disant trésor de sens du relativisme et de l’individualisme qui résulte de la vacuité de toute Vérité, en particulier politique, vide qui est le seul centre idéologique de la Démocratie virtuelle (vide qu’il ne faut pas confondre avec le vide infini, l’impossible nécessité, de la catégorie authentique de Vérité). Passif, ce nihilisme l’est tant que l’individu, souffrant, n’accède pas à la conscience philosophique du nihilisme (le nihilisme absolu) et se maintient, plus ou moins, dans l’illusion signifiante de la consommation. Ou bien perçoit l’insuffisance sans trouver la force d’une Vérité, effectivement refusée par l’inconscient collectif du virtuel démocratique.

 

 

Nihilisme (absolu)

 

 

Désigne la conscience que le matérialisme authentique a du sens métaphysique de l’être et de l’homme. A savoir que l’être est sans divinité, qu’il n’est pas de Sens du sens, et que tout sens se confond, en dernier lieu, dans un Être à la fois infini et vide. Lui seul, contre l’occultation marchande et son hallucination d’auto-suffisance, est possibilité d’un au-delà de la passivité. Et non l’autre hallucination, spiritualiste ou religieuse. La conscience active du nihilisme, qui est une étape, doit à son tour être surmontée par l’affirmation de l’existence de Vérités pour l’homme, vides mais précisément pour cela infinies en possibilités, et qui forment la signification authentique de l’existence humaine.

 

  

  Nuit des Idéaux

 

Mode général de pensée des démocraties virtuelles eu égard aux Idées politiques. Le crépuscule résulte des expériences totalitaires traumatisantes du vingtième siècle qui ont traité historiquement l’Idée d’Egalité, entre sa négation totale (nazisme) et sa perversion dictatoriale (communisme historique). Une nuit s’ensuit : il n’y a pas d’Idées. Sinon la Propriété, voilée. Seulement des miettes et des petits arrangements, relatifs et discutables.

 

 

Obstacle

 

Un obstacle est une donnée structurelle qui s’oppose à la possibilité d’une implosion. Il doit être dépassé.

 

 

Philosophie politique, politique en acte

  

Un des préjugés les plus constants de la philosophie est de croire qu’elle peut être “philosophie politique”. En réalité, la philosophie n’a pas grand chose à dire sur la politique concrète (car la politique est locale avant d’être globale et supposerait, dans sa globalité, de toute façon problématique, des procédures qui n’appartiennent qu’à elle).

Cependant, la philosophie connaît les Idées et le problème éternel de leur impossible mais nécessaire coordination (la Vérité, donc).

En quoi elle prescrit à la politique d’être prescriptive... Absolument.

D’un autre côté, la politique, sans philosophie et sans Idées, purement descriptive, est perdue. C’est que la philosophie est cette puissance d’être l’éternité des conditions qu’elle n’est pas. Elle dit qu’il y a des Idées, et qu’il faut, à tout prix, vivre les conditions, l’art, l’amour, le savoir... et la politique. La politique, en acte, est la manière concrète dont l’Idée, depuis le point local, se met à exister, en vue de la globalité. Cette manière n’est pas philosophique (quoique l’Idée le soit) puisqu’aussi bien la procédure politique nous exposera à toutes sortes de décisions pratiques.

 La politique en acte est le lieu où la belle Idée couche avec le réel, qu’on le veuille ou non, sans même être première. Mais l’Idée existe en ceci qu’Elle préfère Rousseau à Machiavel, et ne se soumet à l’acte que par philosophie. Lorsque la politique en acte n’entend plus la féminine philosophie politique, idéale, alors, oui, tout est perdu.

 

 

Prescriptif

  

L’un des deux modes politiques possibles. Opposé : descriptif. Celui par lequel on affirme des Idées et la question de la Vérité. C’est le mode authentique. Toute pensée politique (digne de ce nom) est prescriptive, ne prenant pas le fait pour le droit.

 

 

Prescriptions élémentaires (du Corps)

  

La dialectique du fluent (anarchisme) et du réifié (communisme) du corps ne trouve sa solution que dans l’énoncé des prescriptions élémentaires du corps, figure de la décision politique par excellence, et qui permet, à coup sûr, de distinguer son immanence réelle de ses simulacres. Le corps doit énoncer des prescriptions pour ne pas être une simple puissance éperdue, mais une puissance ordonnée authentique. Ce devoir n’est pas formel mais il est celui de la Vérité même de la condition politique. Les prescriptions sont aussi l’expression du point de contact entre la philosophie, stricto sensu, et la politique. Elles sont le programme incisif et court de la philosophie politique, dans les limites et la grandeur de ses possibilités, eu égard à la spécificité complexe des procédures politiques concrètes qui ne peuvent certes être résolues qu’au cas par cas mais qui se tiennent éternellement dans l’éclair des prescriptions.

Les prescriptions révolutionnaires sont au nombre de sept :

1- Une constitution exprimant une démocratie aussi directe que possible est requise.

2- La prescription nationale est secondaire et n’est pas l’objet premier de la politique authentique. La prescription première est d’Humanité.

3- Le but premier des pays riches doit être d’éradiquer la misère et la souffrance des pays pauvres et de faire d’eux leurs égaux.

4- L’Egalité est une valeur supérieure à la Propriété.

5- La Liberté doit être développée jusqu’au bout, c’est-à-dire jusqu’à cette limite de ne pas entrer en contradiction avec les autres prescriptions.

6- La production est une valeur inséparable de l’Humanité. La consommation, néanmoins légitime, est une valeur secondaire. La valeur d’échange doit cesser de dominer la valeur d’usage et d’être finalité.

7- L’a-typie d’un peuple courageux et d’un système politique qui souscriraient à l’ensemble de ces prescriptions est Vérité exemplaire pour ceux qui n’y souscriraient pas, et non pas une utopie déclarée d’emblée.

 

 

Progrès (matériel, constitutionnel, spirituel)

 

Un progrès est la possibilité accrue et concrète de la nécessité de l’impossible politique (sa Vérité). Il résulte du travail du corps politique qui, en dépit des obstacles, a non seulement provoqué l’implosion des structures forcément insuffisantes, au nom de la Vérité immédiate, mais a su aussi surpasser les limites ainsi engendrées, ou son retournement en simulacre, en construisant une nouvelle vérité structurelle, qui sera point de départ pour de nouveaux corps et implosions. Il y a donc quelque chose de dialectique dans la genèse du progrès entre immédiateté, limites et nouvelle structure. Mais cette dialectique est hasardeuse, partielle, sans synthèse définitive, et dépend en son être de l’effectivité des séquences historiques. Elle n’est pas un principe a priori. Seulement ce que la raison, de très loin, peut retenir du mouvement de l’Idée, une vue utile de l’esprit. Elle n’est ni hégélienne, ni même marxiste.

Il y a trois types de progrès, intimement liés, dont la coordination constitue le projet du corps politique.

1- Le progrès matériel par lequel il y a réorganisation de la production et de la consommation au profit de l’Egalité (donc du partage). Il suppose, peut-être, une sorte de communisme capitaliste à échelle mondiale, synthèse des aspects respectivement formels et matériels de l’Idée (Il nous faut produire ; il nous faut partager). Cet énoncé (capitalisme=communisme) reste cependant instable, contradictoire eu égard à la séquence qui est la nôtre, et s’il constitue un but suprême, il ne sera pas atteint sans les lumières constitutionnelles et spirituelles.

2-  Le progrès constitutionnel par lequel les citoyens accèdent peu à peu à une démocratie réelle, et non formelle.

3- Le progrès spirituel par lequel l’art et la philosophie authentiques, les porteurs d’Idées, l’emportent progressivement sur les propagandes opiacées et les rêves de manufacture.

 

 

Propagande, propagande opiacée

 

La propagande est un système indépassable. Tout est, en un sens, dans l’existence collective de l’homme, de l’ordre de la propagande. Il y a propagande opiacée lorsque le mode sur lequel s’exerce celle-ci n’est pas dictatorial mais résulte de la manufacture, douce, du médiatisme de la démocratie virtuelle.

 

 

Propriété

 

L’une des trois Idées politiques (avec l’Egalité, la Liberté). Mais il ne suffit pas de croire qu’elle se tient sagement dans le triangle. Elle est, de loin, la plus problématique. Est-elle vraiment une Idée ? Le communisme l’a niée. Le capitalisme la divinise et ne rapporte hiérarchiquement les autres Idées qu’à son sein maternel (ce qui implique que l’Egalité devienne la dernière des valeurs, le coefficient de compatibilité entre la liberté et la propriété étant évidemment plus élevé que celui, insoluble, entre égalité et propriété). En bref, l’Egalité est, avec nécessité, négation de l’Idée de Propriété (communisme) tandis que l’Idée de liberté est compossible avec celle-ci (libéralisme). D’où, précisément, la question de la Vérité comme Unité (impossible mais nécessaire) des Idées.

 

 

Puissance/Pouvoir

 

 Dualité classique (mais indépassable et à jamais problématique) de la politique. La puissance est l’objet premier et terminal de la politique, parce qu’elle est l’originaire et le naturel : des gens pensent, vivent, veulent. Et cette puissance ne constitue pas une Totalité unifiée, de même que la nature n’est pas dans la forme de l’Un (mais seulement productions et régulations mathématiques infinies). On ne voit pas – les anarchistes l’ont bien compris – au nom de quoi un quelconque artifice pourrait prétendre se substituer à la puissance, ainsi vampirisée, dans l’invocation d’un pouvoir supérieur. Et cependant toute politique est cela même, par définition : la puissance transmutée en pouvoir.

Le pouvoir trahit donc nécessairement la puissance, comme l’artificiel le naturel ; tandis que la puissance ne sait pas ce qu’elle veut si les singularités ne reconnaissent pas un au-delà de leur dispersion chaotique, et, dès lors, entrent dans la nécessité de la politique. Rousseau rêve donc du pacte social comme de cette  libre et favorable acceptation, pour chacun, de changer sa liberté naturelle en liberté conventionnelle, ou civile. D’une puissance changée en pouvoir sans perte ni artifice. D’où l’évidence, pour lui, que la puissance ne se délègue pas mais doit s’ordonner à l’Intérêt général, et à sa volonté, sans intermédiaire politicien.

Cela ne se peut, si la puissance est représentée.

 

 

Puissance éperdue

 

La puissance éperdue, voilà l’objet premier et terminal de la politique. Elle est, d’abord, la somme incongrue et divergente des volontés atomiques et individuelles, le chaos des libertés à partir duquel quelque chose comme “la politique” peut apparaître, dans la spécificité de sa condition. La puissance éperdue est le naturel dont le politique est l’artificiel, dès lors qu’il a, plus ou moins bien, convertit la puissance en pouvoir. Rousseau rêvait d’une puissance éperdue immédiatement et librement ordonnée, ce qu’il nommait volonté de tous en vue de la “volonté générale”.

D’une part, la puissance éperdue est, avec nécessité, le terme originaire et indépassable de la politique. D’autre part, la politique authentique n’existe que d’ordonner l’éperdue à une Idée, et, plus encore, à la Vérité impossible (mais nécessaire) des Idées. Il y faut autre chose que sa réduction à la représentation virtuelle ou que son hallucination d’identification, en général, au pouvoir dictatorial.

 

 

Puissance ordonnée

 

 Une puissance ordonnée est une puissance éperdue qui fait corps politique au nom de l’Idée et de la Vérité.

 

 

Puissance représentée

 

 Une puissance représentée est une puissance éperdue qui ne s’est pas ordonnée à l’Idée (puissance ordonnée) et qui s’est aliénée dans le système représentatif de la démocratie virtuelle. Elle s’est volatilisée.

 

 

Révolution

  

La Révolution est la pensée de l’Implosion majuscule, en Un, en Totalité. Elle est l’Idée même de l’Implosion.

Une des prescriptions intelligentes de la politique révolutionnaire d’aujourd’hui est justement de ne pas croire en ni souhaiter la Révolution. Croire en la Révolution, le grand retournement, est une manière de croire en l’Etat nouveau et parfait ; c’est une forme de communisme historique. Le corps se résorbera dans le Parti. Non merci. La Vérité n’est pas que la Liberté doit être subordonnée à l’Egalité. Mais la tension problématique. Il y a des implosions, qui ne sont pas révolutions globales, mais locales, et qui doivent, indéfiniment, travailler le global.

 

 

Savoir

 

Une des quatre conditions du sujet. Celle par laquelle le sujet conçoit son être, et l’être même. La perversion virtuelle, à son égard, est complexe. L’efficacité technique du matérialisme capitaliste semble promouvoir le savoir, dont il a besoin. Et cela est vrai, mais se fait au prix d’une réduction du savoir à sa technicité, à sa forme exploitable, et, d’autre part, dans l’oubli d’un savoir authentique du sujet (la philosophie), sujet réduit au relativisme des opinions ou aux statistiques. Le savoir, opulent mais désordonné, oublie l’Idée, en dernier lieu.

 

 

Séquence

  

Une séquence est un moment politique de l’histoire universelle défini bien entendu par la singularité de ses infra et super structures. Une séquence peut être propice aux implosions (mais aussi aux simulacres) ou au contraire tout à fait rétive, continuation des structures, ce qui est le cas de notre temps. Le but de toute activité révolutionnaire est de rendre effectives l’implosion et la re-structuration sans sombrer dans les simulacres. Ce qui peut exiger du temps, de la persévérance, et la force de supporter l’isolement minoritaire, les procès en Utopie ou en Folie, lorsque la séquence est rétive. Notre époque.

 

 

Simulacre

 

Concept essentiel. Il interroge la différence entre la pensée et l’activité de l’Idée, en vue de la vérité politique, et son inauthenticité. Cette dernière peut se tenir dans la négation de l’Idée, dont la force est semblable à celle de l’Idée (voire est supérieure, ceci en fonction de la disposition empirique des séquences à l’égard de la puissance éperdue) : exemplairement le nazisme, comme divinité de l’Inégalité prise pour Vérité.

Mais le simulacre a aussi une extension beaucoup plus large. Il est le loup trompeur au carnaval du fait pris pour événement, de la réalité prise pour événement, de l’implosion dictatoriale, etc.

Qu’est-ce qui distingue, alors, un simulacre d’un événement, d’une procédure, d’une vérité ?

1- Le simulacre est négation d’une Idée, prise pour Idée.

2- Ou bien il est l’impensé de la coordination (à la fois nécessaire et impossible) des Idées dans la Vérité (Egalité, Liberté, Propriété).

3- En conséquence, il est affirmation d’une substance pleine et entière au nom de cette négation ou d’une Idée prise en Absolu, despote des autres. L’Inégalité nazie. La non-propriété du communisme historique. La Propriété capitaliste.

4- Le simulacre, dans la démocratie virtuelle, est l’Idée de Propriété prise, en elle-même, pour Vérité. Il peut aussi pulluler sous toutes sortes de formes secondaires qui font croire que l’on a atteint une Idée ou une Vérité alors qu’il ne s’agit que du cours structurel des choses, en particulier en faisant passer le fait pour un événement (le résultat d’un vote pour une expression authentique de la puissance, un fait sportif pour un authentique événement, une pauvre aide financière des pays riches pour une bonté définitive, etc.)

On peut ainsi distinguer le Simulacre de l’Idée, et le Simulacre de son Inexistence. Dictature ou Démocratie virtuelle.

 

 

Symptôme

  

Un symptôme fait voir, dans l’immanence des structures, la faille ouverte entre l’imaginaire du virtuel et le réel en personne. Il n’est pas une implosion. Guérir des symptômes, en effet, en niant la pathologie, c’est là une habitude du système virtuel.

 

 

Vérité

 

Concept premier de la politique. Toute politique qui renonce à la Vérité n’est point une politique. Concept problématique, et même impossible mais dont l’affirmation est nécessaire.

La Vérité n’est pas un concept intrinsèquement politique. Les quatre conditions (l’amour, le savoir, l’art, la politique) participent de la Vérité, selon leur spécificité. En fait, la Vérité dénote la manière dont l’infinité du sens, pour le sujet, rejoint le vide, l’inaccessible, cependant que sa quête se révèle la seule manière, pour un animal aussi particulier que vous et moi, d’échapper au nihilisme (passif puis absolu). La Vérité existe et n’existe pas. Tel est son secret, qui est fécond, d’être infini en parcours, et vide au bout du compte.

Elle n’existe pas parce qu’elle est inaccessible. Jamais vous n’aurez la substance de l’amour, de l’art, du savoir, de la politique. Elle existe parce que le sujet n’existe que d’affronter ce vide qui libère l’infinité du sens de cela même qu’il ne saurait être le Sens du sens.

En politique, cela se dit : il y a une réalité, impossible mais nécessaire, où les Idées, l’Egalité, la Liberté, la Propriété, forment l’Idéal d’une perfection pour tous les Sujets, sans exception aucune...

Deux remarques :

1- La Vérité ne doit pas être confondue avec l’Idée. L’Idée n’est pas encore la Vérité, mais l’Idée est, sans conteste, la condition de possibilité de sa considération, la compréhension, ou l’intuition, de son existence de fulgure. L’Idée est l’Idéal, déjà impossible. Il nous faut l’Egalité, la Liberté, mais aussi... la Propriété. Mais la Vérité n’est pas l’Idée en ceci qu’elle serait l’Idéal des Idéaux, la conjonction juste des Idées. Impossible nécessité. La Vérité est donc l’impossibilité de l’Un des Idées. Qui néanmoins doit être désirée.

2- La Vérité ne doit pas être confondue avec la réalité, ce qui est le péché même de notre temps. La ruine de la confusion de la Vérité avec l’Idée est de conférer à la politique sa monstruosité. Il n’y a qu’une Idée, contre les autres. Dictature de l’Egalité (communisme), de la liberté (anarchisme), de la propriété (capitalisme.) Mais la confusion de la Vérité avec la réalité, le Descriptif contre le Prescriptif, est ce poison au terme duquel le sujet politique abandonne toute fidélité et toute conscience.

La démocratie virtuelle coordonne habilement (quoique inconsciemment) la dictature de la propriété avec cette confusion. C’est qu’en effet la Propriété est un fait, une description, tandis que l’Egalité et la Liberté sont évidemment des prescriptions à jamais irrésolues, ou insuffisantes. Il résulte de cela que ce système politique confond vérité et réalité au nom de la Propriété.

 

 

Vérité immédiate (Limites de la Vérité immédiate, Vérité structurelle)

  

Une  vérité immédiate résulte d’une implosion de la structure. Elle est ce pour quoi un corps s’est ordonné. Elle est ceci qu’il y a autre chose, de possible, que ce qu’il y avait. Quoique impossible en définitive, la voilà en son exigence, qui se présente.

Une vérité immédiate est objet des révolutions et ce pour quoi les corps se constituent. Bien évidemment, la Vérité est toujours hantée par le simulacre de son être le plus profond. En politique comme ailleurs. Ainsi la révolution qui devient terreur, ou bien le communisme prescriptif communisme historique, stalinisme. Si bien que la question revient toujours, en dernier lieu, à savoir ce qui distingue une vérité de son simulacre. Il faut, pour ce faire, que la vérité, en elle-même vide et infinie – et pour cette raison même – accepte, et aborde sa limite. Il y a une limite à la manière dont la Vérité immédiate est la Vérité. Sans quoi elle se retourne en simulacre. C’est-à-dire se remplit, se substantive, croit être Ceci. Cette compréhension même est Vérité structurelle, synthèse dialectique de son affirmation et de sa négation, instable, non pas nécessairement saine,  et particulièrement déterminée par l’histoire, le moment historique. Ceci n’est donc pas une thèse hégélienne. La “dialectique” entre Vérité immédiate, limites, vérités structurelles, obéit plutôt à ce que Hegel nommait le mauvais infini et que nous appelons réalité même, dans le meilleur des cas. Nous ne sommes qu’étrangement hégéliens (ou marxistes, les pieds en bas). Comme si la dialectique, en politique, obéissait au mouvement brownien, ou à la mécanique quantique, et que sa réconciliation se faisait toujours en diagonale.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

                                          

 

 

 

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