|
Le 3 avril 09 la Nasa a photographié ce pulsar (un nuage issu d'une supernova ; une vieille étoile explose sans former un trou noir. Elle meurt sans devenir pour autant un ''point'' à même d'attirer les masses environnantes les plus considérables et de les engloutir sans retour possible. Sa mort, ou plutôt son spectre, est alors d'extension et d'éclatement : électrons et ions font torrents, créant un générateur électromagnétique.) Le pulsar navigue à environ 17000 années-lumières de nous, il se nomme poétiquement PSR B1509-58 ; mais il a été rapidement re-baptisé par les médias américains ''Main de Dieu''. La Main de Dieu est de nouveau-née, ayant tout au plus 1700 ans.
Elle n'a point dû avoir le temps de relooker grand'chose, du coup, la Main démiurgique.
La philosophie, en général, a généré bien des hypothèses. Mais voilà une toute nouvelle hypothèse - l'hypothèse CNN :
Dieu est un objet stellaire qui flotte dans l'immanence de sa propre création...
Si l'on ne cède pas aux jeux enfantins qui voient dans la lune le bonhomme, et dans les nuages le message ou la forme, on verra alors dans cette image, effectivement sublime - au sens le plus kantien du terme - le hasard avéré... Qu'une conscience télescopique contemple, poussière pensante, une forme incommensurable de grandeur, de puissance et d'énergie qui fasse main... Qui dessine Sa main dans le miroir silencieux de ces espaces infinis qui m'effrayent... Ou me donnent à désirer ce qui me dépasse absolument.
Il y a, dans la métaphysique du XVII°, une preuve ontologique de l'existence de Dieu. Un bouquet, même, de preuves. A l'essence Absolue, infinie, ne peut manquer l'existence, par définition, nous disent ces preuves. Mais plus absolue est, à bien y réfléchir, l'Inexistence de ce qui manque absolument à l'homme... Le secret de Dieu, c'est de n'être pas, mais d'être « Dieu », par-là même, ce mot vide et absolu.
La Main de Dieu ? Hasard sidéral d'une forme, et vertige des dimensions. Car cette Main n'est ce qu'elle est que pour nous, les hommes, lorsque le phénomène est d'ici observé, et non d'un autre point galactique - abscisse des constellations et ordonnées planétaires... Vecteurs infimes d'Hubbles et de Chandra. Mais le regard ne fait pas pour autant la chose... Soyez sûrs qu'elle est mathématiquement là, la Main de Dieu. Mais qu'elle n'est hasard que pour Nous, un hasard si particulier qu'il implique jusqu'à notre physiologie, et même la capacité exacte de flexion dont ce morceau de nous, entre chair, veine, et tendons, est capable ; ferait-elle quelque effet, autre qu'esthétique, à ce probable extra-terrestre qui aurait deux pouces et sept doigts ? Le signe s'annulerait, pour un tel être. Le hasard est cette mathématique à laquelle on attribue un sens humain. Rien de plus inhumain que la mathématique et la physique, en soi, douées cependant de ce paradoxe définitivement impersonnel d'avoir fabriqué aux détours des processus... de l'humain... Les Mains de Dieu ne sont qu'à nous, et pour nous, à la conjonction du regard conscient et des structures silencieuses. Regard ? Nous avions déjà l'oeil...
 Qui eût cru que Dieu soit de pièces détachées dans le vaste Univers...
Que douce soit notre nuit...

La Main de Dieu dont tantôt nous avons eu la révélation était bien peu de choses. Tout juste est-elle la manifestation d'un incident cosmique atomique. Atomique ou cosmique, ce sera toujours comme nous l'entendons, au choix, puisque l'infinité est toujours, en dernier lieu, celle des dimensions et de leur relativité. Il y a des ''mondes'', et dans chaque monde ce qui apparaît, selon une certaine intensité, dépend du monde considéré. Il n'y a pas de Monde en soi, ni même d'objet en soi. Même le concept d'Univers, de Grand Tout, comme totalité physique, relève d'une sorte d'aveuglement des habitudes de la conscience. Les concepts astrophysiques contemporains peuvent certes être mathématiquement modélisés (c'est même là leur nature profonde) mais ce qu'ils comprennent du ''temps'' et de l' ''espace'' est sans commune mesure avec notre perception spatio-temporelle.

Notre oeil embrassait à l'instant 110 000 galaxies (110 000 points sur l'image) dispersées sur une distance de 2 milliards d'année-lumière à partir d'un référentiel zéro, au centre de l'image, référentiel arbitraire mais qui est, de fait, le nôtre : la place de la Voie Lactée, la Milky Way, bref notre petite galaxie à nous, dont la structure, au regard des différentes espèces existantes, est de surcroît très banale. Chaque galaxie est constituée de plusieurs centaines de milliards d'étoiles, la gravitation assurant la cohérence de l'ensemble. A cette échelle, La Main de Dieu n'est rien de plus qu'un événement survenu à une de ces étoiles. Elle est donc définitivement naine, cette Main de Dieu. Notre Soleil, un de ces 4, aura chance d'obtenir un si frappant effet esthétique, perçu depuis le référentiel d'une autre étoile.
Il y a une remarque de Mao, en son temps : « Les quelques bombes atomiques dont disposent les Etats-Unis ne sauraient exterminer les Chinois. A supposer même qu'elles aient une puissance telle qu'une fois lancées sur la Chine, elles transperceraient le globe terrestre ou le feraient sauter, cela pourrait être un grand événement pour le système solaire, mais compterait peu pour l'ensemble de l'univers. » On ne s'étonnera pas, entre vision cosmique du communisme et cynisme du phénomène humain, que Mao n'ait pas lésiné sur les chiffres, provoquant la famine d'environ 38 millions de personnes pour exporter de la nourriture en Russie et acheter... des usines nucléaires..., tout en commentant placidement : « Il se pourrait que la moitié de la Chine doive mourir. » Dans le même genre, un historien un peu particulier pourrait hausser des épaules à l'énoncé de la comptabilité macabre d'une guerre, ou d'un génocide. « Vous savez, on en a vu d'autres. D'ailleurs si ces gens n'étaient pas morts à ce moment là, ils seraient de toute façon morts aujourd'hui... »
C'est que l'infini peut ouvrir à l'inhumanité...
Dès que l'Infini théologique cesse d'aveugler la conscience humaine, dès qu'il n'est plus cette Unité absolue du divin où tout se résorbe, s'explique et se repose, ses entrailles, enfin avérées, font dédales du sens. C'est l'effroi et le sentiment de la petitesse sans nom de mon existence consciente.
Kant cherchait bien un équilibre, nommant ''sublime'' un sentiment distinct du ''Beau''. Le Beau est reposant, apaisant, gracieux, fini. Le sublime, lui, vous prend aux tripes ; il est porteur de cet infini qui humilie la conscience, rappelle à l'homme sa nullité face aux phénomènes naturels démesurés, chaotiques, sur-humains. Mais il est en même temps, pour Kant, ce par quoi nous sommes invités à la compréhension de ce qui nous transcende, et il provoque en nous, entre stupéfaction, admiration et horreur, le désir de dépasser notre petitesse, de surpasser notre insignifiance, à tout prix, de nous élever enfin à ce qui dépasse le monde sensible. Bien entendu, toute l'astrophysique est sublime... Il y a cette fameuse conclusion de la Critique de la Raison pratique de Kant : « Deux choses remplissent le coeur d'une admiration et d'une vénération toujours nouvelles et toujours croissantes, à mesure que la réflexion s'y attache et s'y applique : le ciel étoilé au-dessus de moi et la loi morale en moi […] La première vision d'une multitude innombrable de mondes anéantit pour ainsi dire mon importance, en tant que je suis une créature animale, qui doit restituer la matière dont elle fut formée à la planète (à un simple point de l'univers), après avoir été douée de force vitale (on ne sait comment) pendant un court laps de temps. La deuxième vision, au contraire, rehausse ma valeur, comme intelligence, par ma personnalité dans laquelle la loi morale me révèle une vie indépendante de l'animalité, et même de tout le monde sensible. » On ne peut que préférer cette prose élégante et profonde au cynisme d'un Mao. Malheureusement, le génie de Kant est une manière de sauver les meubles de la Maison Divine... Cette loi morale vide mais rationnelle (Agis comme tout homme doit agir, agis de manière universelle, etc) dont le sujet est conscient, et qui peut nous donner l'espérance d'une vie suprasensible, c'est là, évidemment, ce qu'il reste de religieux chez Kant.
Thème célèbre de la philosophie : la conscience est infime, dans l'ordre matériel, mais glorieuse dans l'ordre spirituel. Chez Pascal, par exemple.
Si bien qu'on doit se demander ce que seraient une pensée et une vie humaines qui sans s'évaporer dans le numineux et le religieux, ne tomberaient pas dans le cynisme. Comment voir l'infini ? Peut-être convient-il d'abord de sortir de la longue rumination induite par le religieux lui-même. Rumination par laquelle, sans cesse, l'humain se trouve défini par les traits de la finitude, de la mortalité, de la limitation, etc. Ce n'est pas si simple. Le religieux peut être d'atmosphère, d'habitude de pensée, d'inconscient même. Il ne suffit pas de se détourner des crucifix pour que la vision s'estompe parfaitement. Nous restons travaillés par l'histoire d'une civilisation ; et l'effondrement apparent du christianisme n'implique pas que les âmes et les corps ne soient pas encore, en partie, soumis à ces catégories de pensée. En philosophie, la pensée de Heidegger, qui chercha un évident dépassement du religieux et de la métaphysique en son ensemble, apparaît aux lecteurs contemporains quelque peu judicieux encore portée par de telles habitudes de pensée, malgré le génie puissant qui la caractérise : le sujet est ''être-pour-la-mort'', dit-il.
Voir l'infini en face, c'est d'abord comprendre qu'il n'est pas au-delà, mais là. C'est ensuite comprendre l'homme lui-même, en tant que Sujet, comme infini. Les infinités ne rendent pas mon existence misérable ou dérisoire. Car elles ne sont, en définitive, rien d'autre que la notion même d'échelle ou de mondes divers. L'infiniment petit s'égale d'emblée à l'infiniment grand. Il n'y a nul besoin de Dieu, par-delà, ni d'effroi supérieur dans l'immanence des dimensions.
Tout est déjà galaxie, en nous et hors de nous.
Et maintenant, place aux milliards. Une traversée possible, en 3D, cette fois-ci, dans l'image initiale
Fabien Tarby
Cliquez ici pour accéder à la Vidéo
|